Le ministre-président du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles Pierre-Yves Jeholet a plaidé dimanche, à l'occasion de la fête de la Communauté française, pour une langue française émancipatrice et plus présente dans une Europe post-Brexit multilingue, sans taire le centralisme passé de cette langue qui a "ignoré administrativement le flamand et éradiqué le wallon". Il existe "très probablement une spécificité de la langue française, mais pas une supériorité", a affirmé M. Jeholet dans son discours à l'Hôtel de ville de Bruxelles, devant des représentants des gouvernements fédéral, flamand, bruxellois, wallon et germanophone. "Je tiens en effet à dire avec force que pas une seule langue n'est a priori supérieure à une autre. Affirmer, comme on le fait souvent pour justifier le caractère d'exception de la langue française, qu'elle est comme par nature la langue de l'humanisme et des droits de l'homme, c'est aller trop vite en besogne", selon le libéral. "C'est oublier que le français a aussi imposé bien des souffrances linguistiques. C'est oublier le centralisme par lequel le français s'est imposé à d'autres langues, notamment en Belgique, en voulant ignorer administrativement le flamand, mais aussi en éradiquant le wallon. C'est oublier que le français a aussi été la langue de conservateurs opposés à l'émancipation sociale", a poursuivi M. Jeholet. Dès lors, le "bon usage" de la langue auquel le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles se rallie, "c'est celui qui conçoit la langue française comme un outil d'émancipation (...) Il ne s'agit pas de conquête, il s'agit d'humanité! Tel est le projet de la francophonie internationale", qui fête cette année les cinquante ans de son institution représentative, l'OIF. Sur la scène internationale, le français a perdu depuis belle lurette son statut de langue la plus usitée au profit de l'anglais. Dès lors, "aussi longtemps que nous francophones, nous nous unirons dans la défense, l'illustration et la promotion de la langue française, ce que nous ferons par là-même c'est préserver le multilinguisme, c'est défendre les autres langues comme l'italien, l'espagnol, le néerlandais, le suédois, ou les langues africaines, en ce compris les langues minoritaires", souligne M. Jeholet. Il insiste sur la nécessité de garantir "le droit à la différence, les droits linguistiques, les diversités des langues, les droits des minorités". "En ces moments chahutés par le Brexit, j'ai la conviction que le français a un rôle majeur à remplir au sein de la maison européenne. La Fédération Wallonie-Bruxelles (...) doit pouvoir être le ferment d'une Europe parlant et entendant davantage la langue française", a exhorté M. Jeholet. (Belga)