La crème des chanteurs polonais a dénoncé ce week-end la tentative d'une grande radio publique de "censurer" une chanson présentant sous un mauvais jour le chef des conservateurs nationalistes au pouvoir en Pologne.Vendredi, le résultat d'un hit parade de référence diffusé depuis 1982 par la chaîne publique Trojka (la Trois), autrefois symbole de la qualité musicale et journalistique, a été annulé par ses responsables qui ont invoqué des "irrégularités" dans le vote des auditeurs. La première place y était revenue à la chanson d'un auteur-compositeur-interprète connu, Kazik. Intitulée "Ton mal est meilleur que le mien" , elle fait allusion à une récente visite de Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti conservateur PiS au pouvoir, sur la tombe de ses proches alors que les cimetières en Pologne étaient fermés au public à cause de la pandémie. Suite à cet incident, le créateur et animateur historique du hit parade, Marek Niedzwiecki, a suivi l'exemple de ses nombreux collègues qui avaient quitté la chaîne en signe de désaccord avec la politique éditoriale de la chaîne sous la mainmise des conservateurs. "Tant que la politique est plus importante que la musique, qu'une chanson fait revenir les pires pratiques communistes que personnellement je ne connais que par des livres et des témoignages, je pense que mes morceaux ne devraient pas non plus passer sur cette chaîne", a déclaré sur sa page Facebook Dawid Podsiadlo, un des plus grands noms de la chanson polonaise actuelle, suivi par d'autres chanteurs et groupes. Une importante société de production a annoncé retirer de la Trojka l'ensemble des artistes locaux et internationaux qu'elle représente. Mais la décision des responsables de la Trojka a été critiquée aussi par des représentants du parti conservateur et du gouvernement. La ministre du Développement Jadwiga Emilewicz a crié "au scandale" et rappelé qu'en principe "le virus, ça s'attaque aux poumons et non pas à la raison". Depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs, souvent accusés par leurs adversaires d'avoir transformé l'audiovisuel public en instrument de propagande, le taux d'écoute de la Trojka a chuté de 7,8% à 4,6%, selon le régulateur KRRiT. (Belga)