L'accord du gouvernement Vivaldi prévoit un renforcement du modèle répressif en vigueur plutôt qu'un changement de cap, regrette lundi l'Observatoire international des prisons (OIP). L'organisation de surveillance des conditions de détention s'inquiète notamment d'un déni scientifique, car aucune des réformes annoncées ne semble prendre en compte les observations et recommandations du monde académique.Concernant l'exécution des peines, la coalition Vivaldi s'oriente vers un renforcement du modèle punitif. Le ministre de la Justice se donne notamment comme fil conducteur que davantage de peines soient exécutées. Or "les prisons, en plus d'être largement sur-occupées, n'ont toujours pas prouvé leur efficacité -bien au contraire-, sur une désinflation du taux de récidive", souligne l'OIP. Le gouvernement veut s'en prendre à la "criminalité quotidienne". "Mais, plutôt que d'aller en chercher l'origine et les facteurs, notamment à la lecture de données socio-économiques, le gouvernement fait le choix de systématiser la réaction pénale, et surtout de la rendre plus rapide", regrette l'OIP. Pourtant, cette façon de faire est très largement critiquée: justice expéditive, sévérité accrue, non-préparation de la défense... L'OIP dénonce par ailleurs le projet politique de recourir à "des capacités externes dotées d'un niveau de sécurité approprié", plus précisément les maisons de transition. Celles-ci n'ont toujours pas fait l'objet d'évaluations, ni sur leur pertinence, ni sur l'intérêt d'avoir recours à un partenariat public-privé pour gérer ce type d'établissements, note l'OIP. L'accord de gouvernement reste très timide sur la réinsertion et le travail en prison, l'OIP craignant l'expansion du "business carcéral". L'OIP salue les efforts pour informatiser la justice, mais s'inquiète toutefois d'un recul des droits des détenus. Les visites virtuelles, utilisées comme solutions de secours pendant et après le premier confinement, ne doivent "absolument pas venir remplacer les visites physiques, essentielles à la santé mentale de tout en chacun". Enfin, l'OIP s'indigne du projet de mise en place d'un système de responsabilité pénale partielle pour "les auteurs de crimes atteints d'un affaiblissement de leurs facultés", ce qui semble aller dans le sens d'une augmentation des personnes présentant des troubles psychiques et/ou mentaux en détention. "Non, (ces personnes) n'ont pas leur place en prison", martèle l'OIP. "L'heure n'est donc pas au bilan, ni à la réflexion. L'heure est à la poursuite et au durcissement de méthodes qui n'ont jusqu'ici pas démontré leur efficacité et encore moins permis un apaisement et une prise en compte de la voix des victimes et des auteurs", conclut l'OIP. (Belga)