Catégoriques, trois professeurs de droit ont jugé mercredi que la procédure de destitution contre Donald Trump était justifiée, et même nécessaire pour protéger la démocratie américaine, lors d'une audition tendue au Congrès qui a une nouvelle fois reflété la profonde fracture entre démocrates et républicains.Un quatrième expert, invité par les élus républicains, a contrairement aux trois autres jugé les preuves "insuffisantes" pour mettre le président en accusation ("impeachment") à la Chambre des représentants. Forts de leur majorité dans cette enceinte, les démocrates ont ouvert une enquête en destitution contre Donald Trump après avoir appris qu'il avait demandé à l'Ukraine d'enquêter sur Joe Biden, un de ses adversaires potentiels à la présidentielle de 2020. Les démocrates sont convaincus que le président républicain a abusé de ses pouvoirs pour favoriser sa campagne de réélection, notamment en gelant une aide militaire de près de 400 millions de dollars destinée à ce pays en conflit avec la Russie. Lui nie toute pression et a encore dénoncé mercredi une "blague" démocrate, jugeant honteuse la tenue d'une audition alors qu'il se trouve à Londres pour un sommet de l'Otan. Après deux mois d'enquête, marqués par l'audition de 17 témoins, les parlementaires ont entamé en son absence le débat juridique pour déterminer si sa conduite correspondait à l'un des motifs de destitution mentionnés dans la Constitution: "trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs". Sans hésiter, trois professeurs d'université prestigieuses ont répondu par l'affirmative. "Si l'on ne peut pas mettre en accusation un président qui utilise son pouvoir à des fins personnelles, nous ne vivons plus dans une démocratie, nous vivons dans une monarchie ou une dictature", a notamment estimé Noah Feldman, professeur de droit à Harvard, interrogé par la commission judiciaire de la Chambre. "Impliquer un gouvernement étranger dans notre processus électoral est un abus de pouvoir particulièrement grave parce qu'il affaiblit la démocratie", a également jugé Pamela Karlan de l'Université Stanford. "Si le Congrès ne le destitue pas, la procédure de destitution aura perdu tout son sens, tout comme les garanties constitutionnelles destinées à empêcher l'installation d'un roi sur le sol américain", a renchéri Michael Gerhardt de l'Université de Caroline du Nord. En pleine audition, la Maison Blanche a accusé ces trois experts d'avoir "un parti-pris connu" contre Donald Trump. "Les +témoins+ des démocrates ont forgé leur opinion il y a bien longtemps", a tweeté sa porte-parole Stephanie Grisham, en dénonçant "une audition bidon". Un quatrième expert, convié par la minorité républicaine, a apporté une analyse plus favorable au président. Jonathan Turley de l'Université George Washington a déploré le manque de "preuves directes" et la "précipitation" des démocrates. "Les procédures de destitution trop étroites, trop rapides, ont échoué", a-t-il estimé. Dans ce débat, "il y a tellement plus de rage que de raison", a-t-il encore regretté. De fait, chaque camp s'est montré virulent mercredi. Donald Trump était "prêt à mettre en péril" la sécurité des Etats-Unis pour en tirer un bénéfice personnel, a accusé l'élu démocrate Jerry Nadler, qui préside la commission judiciaire. Les républicains ont dénoncé une "imposture". "Ce n'est pas une procédure en destitution, c'est un passage en force. Aujourd'hui, nous perdons notre temps", a assené le parlementaire Doug Collins. La commission judiciaire envisage quatre chefs d'accusation contre le président: abus de pouvoir, corruption, entrave à la bonne marche du Congrès et entrave à la justice. Si elle les retient, ils seront soumis à un vote en séance plénière à la chambre basse du Congrès, peut-être avant Noël. Compte tenu de la majorité démocrate à la Chambre, Donald Trump devrait entrer dans les livres d'histoire comme le troisième président américain mis en accusation, après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, tous les deux acquittés par la suite. Le Sénat, à majorité républicaine, serait ensuite chargé de juger le président et il faudrait une majorité des deux tiers pour le destituer, ce qui paraît très improbable. Comme leurs élus, les Américains sont divisés sur les poursuites ouvertes contre Donald Trump, avec 49% qui les soutiennent et 44% qui y sont opposés, selon RealClearPolitics. (Belga)