La ville italienne d'Amatrice poursuivait l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo pour diffamation et injures après la publication de deux dessins en 2016: la justice française a décidé vendredi d'examiner d'abord la recevabilité des plaintes, sans se pencher sur le fond. Le tribunal de Paris rendra le 20 novembre une décision sur ce sujet, ce qui déterminera l'organisation ou non d'un procès à une date ultérieure. Quelques jours après le séisme du 24 août 2016 qui avait fait 295 morts dans le centre de l'Italie, Charlie Hebdo avait publié un dessin de Félix montrant des victimes ensanglantées avec les mentions "pennes sauce tomate" et "pennes gratinées", ou encore des habitants écrasés par les débris de leurs maisons sous le titre "lasagnes". La polémique avait enflé sur les réseaux sociaux puis dans les médias italiens. "Ces dessins sont répugnants", avait estimé le ministre de la Justice Andrea Orlando. Coco, une autre dessinatrice de Charlie Hebdo, y avait répondu le 2 septembre avec un dessin où une femme écrasée sous les décombres lance aux Italiens: "C'est pas Charlie Hebdo qui construit vos maisons, c'est la mafia". La mairie d'Amatrice, ville la plus touchée par le séisme, avait porté plainte en diffamation, son avocat parlant alors d'un "outrage macabre, insensé et inconcevable". "La mort, c'est toujours tabou (...) il faut aussi parfois la transgresser", avait à l'époque déclaré Riss, le directeur du journal, sur la radio France Inter. "Pour nous c'est un dessin d'humour noir comme on en a fait avant, ça n'a rien d'extraordinaire". Vendredi, en début d'audience, la partie civile a d'abord demandé un renvoi du procès du fait de la tenue, au même moment et dans le même bâtiment, du procès des attentats de janvier 2015, au cours desquels deux djihadistes ont assassiné 11 personnes au sein de la rédaction de l'hebdomadaire. Cette demande a cependant été rejetée et l'audience s'est poursuivie en l'absence des représentants de la ville et de ses avocats. Riss, Coco et Félix étaient quant à eux présents. L'avocate de Charlie Hebdo, Lorraine Gay, a ensuite plaidé la nullité et l'irrecevabilité des plaintes d'Amatrice. La procureure de la République a elle aussi estimé que l'une des plaintes n'était "pas claire" et qu'il y avait notamment une "confusion sur les personnes visées" dans la seconde. Un autre "obstacle juridique" réside dans le fait qu'en droit français, "la commune n'est pas habilitée à agir au nom de ses habitants et des Italiens", a ajouté la magistrate. (Belga)