Après l'annonce, jeudi soir, par le conseil d'administration de Nethys qu'il proposait de retenir l'offre d'IPM pour le rachat du quotidien L'Avenir et des hebdomadaires Moustique et Télépocket, les réactions étaient contrastées. Si IPM considère que sa sélection "ouvre la voie à la création d'un grand groupe de presse en mesure de relever les défis de la révolution numérique", les syndicats se montraient inquiets.Les administrateurs de la maison-mère de Nethys, Enodia, doivent encore avaliser ce choix, qui doit également obtenir l'aval du ministre de tutelle de la Région Wallonne et l'approbation de l'Autorité belge de la concurrence. Conscient de ces étapes à franchir avant une décision définitive, IPM Group se réjouit d'avoir été sélectionné face à trois autres candidats. "Il s'agit avant tout d'un rapprochement de titres de presse de premier plan qui sont parfaitement complémentaires", a réagi le groupe. "La Libre et La DH Les Sports sont des titres positionnés sur une offre éditoriale nationale, tandis que l'Avenir a un positionnement régional de proximité, c'est le plus grand journal de Wallonie. IPM Group, qui édite Paris Match Belgique et Le Courrier International Belgique, voit son offre magazine renforcée avec Moustique, dont on connait la réputation éditoriale forte, et Télépocket." Le syndicat chrétien CNE se montre, lui, inquiet par cette annonce. "Nous ne faisons pas de procès d'intention aux candidats qui étaient en lice pour la reprise du journal, et n'avons aucune exclusive, mais nous ne savons pas si les demandes des syndicats ont été entendues, de même que celles de la coopérative qui doit être intégrée dans le nouveau Conseil d'administration", pointe la Centrale nationale des employés. Cette dernière s'interroge en outre sur la santé financière du groupe IPM. "A-t-il réellement les reins assez solides pour reprendre un troisième journal et investir dans ce nouvel outil?", sourcille-t-elle. Le syndicat craint en outre des économies d'échelle dans les services administratifs et la rédaction. "Le personnel sort à peine d'une restructuration douloureuse, les syndicats n'accepteront pas une nouvelle braderie de l'emploi", prévient-il, espérant être consulté avant le vote final d'Enodia. "Nous serons attentives au projet qui doit se construire, au respect de toutes les rédactions mais aussi de toutes les équipes de L'Avenir, qui ont tenu le navire à flots malgré les turbulences", ont pour leur part réagi la société des rédacteurs (SDR) et la délégation de l'association des journalistes professionnels (AJP) des Éditions de L'Avenir. Elles espèrent que le nouvel actionnaire "profitera de la formidable occasion qu'il a d'intégrer à son groupe de presse la coopérative Notre avenir, créée par le personnel de L'Avenir, ses lecteurs, sympathisants, des communes, etc." Enfin, le conseil d'administration de Notre avenir est soulagé de voir la procédure de vente avancer, "tant celle-ci s'avère nécessaire pour (...) la nomination de nombreux postes vacants, dont celui d'un rédacteur en chef" et pour "déterminer un plan stratégique de développement à long terme". La coopérative prévient toutefois: elle ne se contentera pas d'une "participation au rabais, symbolique" dans la mise au point de ce plan de développement. Parmi les plus de 1.300 membres de la nouvelle coopérative, une douzaine de communes wallonnes, la Province de Namur et son Bureau économique y ont notamment souscrit. Le CA de Notre avenir en profite pour relancer son appel aux coopérateurs: "chaque souscription permettra à la coopérative de se renforcer en vue des discussions à mener". (Belga)