L'état-major de l'armée salvadorienne a interdit lundi à un juge d'accéder à ses archives pour enquêter sur un massacre de près de mille personnes commis par les militaires en décembre 1981, durant la guerre civile qui a ravagé le Salvador de 1980 à 1992.Le juge Jorge Guzman avait averti le ministère de la Défense de sa volonté de rechercher des preuves sur le massacre d'El Mozote (200 km à l'est de la capitale). Du 10 au 13 décembre 1981, des soldats du bataillon Atlacatl avaient lancé une opération de "terre brûlée" sur le village d'El Mozote et ses environs. Selon le bilan officiel, 986 villageois, dont 558 enfants, ont été exécutés parce qu'ils étaient soupçonnés de collaborer avec la guérilla du Front Farabundo Marti de Libération nationale (FMLN, marxiste). Le juge Jorge Guzman, de San Francisco Gotera (est du pays), s'est présenté lundi au siège de l'état-major pour y consulter les archives, mais un colonel lui a interdit l'accès aux installations militaires, a constaté un journaliste de l'AFP. Des avocats des parties civiles ont aussi tenté lundi, également en vain, et sous les huées d'une vingtaine de militaires à la retraite, d'entrer au siège de l'état-major pour assister à la consultation des archives par le magistrat. Le président Nayib Bukele avait pourtant annoncé en novembre 2019 l'ouverture des archives de l'armée "sans nécessité d'ordre judiciaire" pour y avoir accès. "Nous dénonçons l'intransigeance, le refus répété du ministre de la Défense (René Francis Merino) de permettre l'accès aux archives militaires pour y rechercher des preuves sur le massacre d'El Mozote", a déclaré à l'AFP Me David Morales, avocat de l'une des associations de défense des victimes. "Interdire l'accès au juge est un affront à la justice, afin que l'on ne sache pas la vérité sur des faits graves du passé", a dénoncé Me Wilfredo Medrano, avocat d'une autre association de victimes. La guerre civile au Salvador a fait plus de 75.000 morts et disparus. (Belga)