Le sommet européen, consacré essentiellement au cadre budgétaire 2021-2027 de l'Union et à l'instrument "de relance" qui s'y ajoute pour tourner la page du coronavirus, s'est poursuivi samedi après-midi avec une série de rencontres en petits groupes, plutôt qu'une "plénière" des 27 chefs d'État et de gouvernement comme c'était le cas en matinée. A en croire différents participants, l'ambiance est en tout cas plus constructive en ce second (et dernier?) jour de sommet à Bruxelles, après une journée difficile vendredi. Comme la veille, les dirigeants des 27 sont passés au dîner vers 21h00. Samedi matin, le président du Conseil européen Charles Michel avait fait circuler une nouvelle proposition de compromis, modifiant quelques éléments par rapport à sa "négobox" initiale. L'équilibre entre subventions et prêts, au titre du fonds de relance post-coronavirus, serait en effet quelque peu changé, pour davantage de prêts, ce qui va donc dans le sens des souhaits des "Frugal Four" (Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark), ces pays qui rechignent à délier les cordons de la bourse au bénéfice des États du sud. Après 13h00, le président du Conseil européen lui-même a multiplié les rencontres, avec une présence récurrente du couple franco-allemand à ses côtés. Formé d'Emmanuel Macron et d'Angela Merkel, ce dernier semble définitivement vouloir peser de tout son poids pour convaincre les leaders des pays les moins conciliants. Le Belge, accompagné du duo Merkel-Macron et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, a ainsi d'abord rassemblé en début d'après-midi les représentants des pays apparaissant comme les plus opposés: Italie, Espagne, Grèce et Portugal d'une part, ces pays qui comptent sur un soutien important de l'Europe, et face à eux les quatre "frugaux" auxquels ont peut ajouter la Finlande. Il a poursuivi avec un tête-à-tête avec le Polonais Mateusz Morawiecki, dont on sait qu'il est opposé à ce qu'on lie l'attribution de financements aux États au respect de l'État de droit. Son pays, comme la Hongrie, est justement suivi de près au niveau européen sur cette question. Le Hongrois Viktor Orban a d'ailleurs été le suivant à avoir une entrevue avec le président du Conseil européen. Après un nouveau point avec Emmanuel Macron et Angela Merkel, c'était ensuite au tour du Premier ministre néerlandais Mark Rutte, un des opposants les plus vocaux à une hausse de sa contribution nationale et en faveur d'un suivi très strict des réformes que les États devront présenter en échange d'aides financières européennes. Le Tchèque Andrej Babis, puis le duo italo-espagnol, et en dernier lieu le Premier ministre suédois Stefan Löfven sont aussi venus s'entretenir avec Charles Michel avant le dîner du soir. Selon certains, Charles Michel pourrait mettre sur la table du souper une nouvelle proposition globale de compromis, une sorte de troisième mouture de sa base de négociations. Malgré les tentatives d'atténuation des tensions, les discussions sont "compliquées, plus compliquées qu'attendu", a indiqué le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte dans l'après-midi. "Nous négocions durement avec les Pays-Bas et les autres 'frugaux', qui ne partagent pas notre avis qu'il est nécessaire d'avoir une réponse aussi substantielle" à la crise, ajoute-t-il en faisant référence au fonds de relance à 750 milliards proposé par la Commission. Non seulement les "frugaux" remettent en question l'importance des subventions via ce fonds, mais aussi celle des prêts, selon l'Italien. Autrement dit: la taille totale de cet instrument de relance censé maintenir un marché unique équilibré est encore contestée par certains. Un peu plus tôt, le chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui est sur la même ligne que les Néerlandais sur ces points, avait quant à lui affirmé que les discussions avancent "dans le bon sens" à ses yeux. Les Autrichiens veulent cependant que leur rabais (une réduction de leur contribution au budget européen) soit encore davantage augmenté. (Belga)