Un bâtiment de guerre américain a navigué mercredi dans le détroit de Taïwan, au risque de provoquer la colère de la Chine au moment où ses relations avec les Etats-Unis se tendent un peu plus, à cause notamment du coronavirus. La Flotte américaine du Pacifique a précisé jeudi dans un tweet que l'USS McCampbell, un destroyer embarquant des missiles guidés, avait emprunté le détroit la veille. Le ministère taïwanais de la Défense a parlé d'une "mission de routine" dans ce bras de mer qui sépare la Chine de l'île, que Pékin voit comme une province rebelle appelée à rentrer dans le giron national, par la force si nécessaire. Cette navigation intervient sur fond de tensions sino-américaines, notamment en raison de la pandémie de Covid-19, alors que Pékin n'a pas hésité récemment à envoyer ses avions de chasse et ses navires à proximité de Taïwan. Le président américain Donald Trump emploie quotidiennement l'expression "virus chinois" pour désigner le coronavirus détecté pour la première fois en décembre à Wuhan, en Chine. Malgré les remontrances de Pékin qui refuse d'être ainsi stigmatisée, il a assumé cette formule en estimant qu'elle était factuelle et a accusé les autorités chinoises d'avoir tardé à partager les informations sur l'épidémie. Washington a de son côté récemment convoqué l'ambassadeur de Chine aux Etats-Unis après qu'un responsable chinois avait relayé une théorie du complot selon laquelle l'armée américaine pourrait avoir introduit le nouveau coronavirus à Wuhan, d'où est partie l'épidémie. Voilà 70 ans que Taïwan et Pékin vivent un destin séparé, depuis que les communistes ont proclamé la République populaire de Chine, alors que les nationalistes de Tchang Kaï-chek s'étaient repliés sur l'île. Les relations entre les deux rives du détroit se sont crispées depuis l'arrivée au pouvoir à Taïwan en 2016 de Tsai Ing-wen, qui refuse d'accepter le principe d'une "seule Chine" défendu par Pékin. Comme de nombreuses autres nations, les Etats-Unis considèrent le détroit de Taïwan comme faisant partie des eaux internationales. Washington y envoie régulièrement des bateaux pour affirmer ce principe d'une "liberté de navigation". Fin décembre, Pékin a envoyé dans le détroit le "Shandong", son premier porte-avions de conception 100% chinoise. (Belga)