"La majorité des objectifs sont non-pertinents" : la dette de développement durable, le nouvel outil de "greenwashing" des entreprises ?

Recette pour pousser la transition durable des activités polluantes ou nouvelle façade verte que se donnent des entreprises pour paraître plus écologiques? Les émissions d'obligations liées au développement durable séduisent, mais suscitent aussi de nombreux doutes.

Des émissions d'une centrales au charbon - Pollution.
Concrètement, une entreprise va émettre de la dette avec un taux d'intérêt, mais va en plus s'assigner un objectif environnemental, comme la réduction de ces émissions de carbone. ©Copyright (c) 2014 VLADJ55/Shutterstock. No use without permission.

Moins contraignante que la dette verte (green bonds en anglais), qui est adossée à un projet précis à financer, la dette liée au développement durable (sustainability-linked bonds en anglais) permet à des entreprises d'attirer des financements notamment sur une ambition : "améliorer leur performance" sur certains critères environnementaux, explique Jeremy Grant, avocat associé en marchés de capitaux et droit bancaire chez Stephenson Harwood.

Concrètement, une entreprise va émettre de la dette avec un taux d'intérêt, mais va en plus s'assigner un objectif environnemental, comme la réduction de ces émissions de carbone. Si elle échoue, elle s'engage à payer des pénalités. Cette méthode permet d'"impliquer tous les acteurs, y compris les plus polluants", estime Kristina Church, chargée de la stratégie d'investissement responsable chez BNY Mellon IM.

Cet outil récent - le premier du genre remonte à 2019, utilisé par le pétrolier Shell - séduit de plus en plus d'investisseurs, qui y voient un moyen de verdir leur portefeuille potentiellement à grande échelle.

Plusieurs des clients du cabinet Stephenson Harwood "ont essayé d'émettre de la dette classique cette année, mais sans trouver preneurs, ou pas aux prix qu'ils voulaient", illustre M. Grant. Ils ont donc "restructuré" leur offre, en ajoutant des éléments davantage en lien avec l'environnement pour proposer aux investisseurs une dette liée au développement durable, et "ils ont pu émettre la dette dans la fourchette de prix qu'ils voulaient", rapporte-t-il.

Mais tous les acteurs sont loin de donner un blanc-seing à ces émissions. Principal reproche : c'est l'entreprise, et elle seule, qui définit la nature des critères et les objectifs à atteindre. Or, selon un recensement mené par l'agence Bloomberg sur plus de 100 émissions de dette en Europe, représentant 70 milliards d'euros, "la majorité des objectifs climatiques sont faibles, non-pertinents, ou déjà achevés".