La Région wallonne rejette l'enfouissement géologique des déchets nucléaires

La Région wallonne rejette la solution d'enfouissement géologique proposée par l'Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies (Ondraf), fait savoir le cabinet de la ministre wallonne de l'Environnement, Céline Tellier, samedi.

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La Région wallonne rejette l'enfouissement géologique des déchets nucléaires
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La Région wallonne rejette la solution d'enfouissement géologique proposée par l'Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies (Ondraf), fait savoir le cabinet de la ministre wallonne de l'Environnement, Céline Tellier, samedi.

La Belgique, qui a mis en service ses premières centrales nucléaires il y a 45 ans, n'a toujours pas décidé de ce qu'elle allait faire des déchets issus de cette méthode de production d'énergie. "L'avis de la Région wallonne pointe des carences importantes dans le dossier remis par l'Ondraf et rejette dès lors la solution d'enfouissement géologique proposée", pointe le cabinet de la ministre Tellier.

L'Ondraf avait lancé une procédure de consultation publique à propos du principe de l'enfouissement - sans déterminer de sites à ce stade. L'organisme propose le stockage géologique ou souterrain sur le territoire belge comme "destination finale" de déchets hautement radioactifs issus de l'activité des centrales nucléaires, la catégorie C regroupant les déchets de haute activité.

La Région wallonne, qui a rendu son avis à l'Ondraf vendredi, demande que des alternatives soient investiguées pour une solution réversible et contrôlable. "La position est donc une demande d'abandonner le projet d'enfouissement à très grande profondeur au profit de l'enfouissement dit 'de subsurface'", indique le cabinet. Cette dernière solution consiste, contrairement au stockage, à entreposer les déchets nucléaires à une faible profondeur et de manière temporaire, afin de pouvoir y accéder ultérieurement.

Les autorités régionales motivent notamment cet avis négatif par de "nombreuses questions" restées en suspens, telles que la profondeur d'enfouissement, la nature de la roche ou de l'argile choisie pour le stockage, les conditions d'emballage des déchets... L'étude d'incidence environnementale est également jugée incomplète "par rapport aux prescriptions européennes telles que reprises dans le Livre Ier du Code wallon de l'environnement (articles D.54 et D.56) puisqu'elle exclut, par exemple, les incidences probables et non négligeables du projet sur la qualité des eaux (de surface et souterraines) et de l'air, la biodiversité, les paysages et la santé humaine, ainsi que les effets cumulatifs et synergiques de ces incidences sur les différents compartiments de l'environnement", ajoute le gouvernement régional.

L'ouverture de cette enquête publique avait provoqué un incident avec le Grand-Duché du Luxembourg, la ministre grand-ducale de l'Energie Carole Dieschbourg affirmant, carte à l'appui, que sept sites proches de la frontière avaient été identifiés pour le stockage géologique. Le Land allemand de Rhénanie-Palatinat avait lui aussi fait part de ses craintes, ainsi que plusieurs élus issus principalement de la province de Luxembourg.

En outre, la Région wallonne, dans son avis, explique que plusieurs sites a priori retenus par l'Ondraf devraient être exclus du champ d'analyse, parmi lesquels les sous-sols marneux et argileux de Gaume, du bassin de Mons, du Plateau de Herve et du nord-ouest du Hainaut, jugés trop peu épais ou pas assez profonds. Sont également rejetées les formations schisteuses d'Ardenne et du Condroz, qui s'étendent jusqu'aux frontières allemande et luxembourgeoise et qui "présentent d'importantes déformations tectoniques et zones altérées en surface, sur des profondeurs de plusieurs dizaines de mètres", selon la réponse du gouvernement wallon à l'Ondraf.

"Le choix (des sites d'enfouissement) sera le fruit de consultations et d'études (ultérieures). Ce n'est pas à l'ordre du jour et ce n'est pas l'objet de la (présente) consultation. Un dialogue sur ces éléments est prématuré", avait cependant souligné la ministre fédérale de l'Energie, Marie-Christine Marghem, interrogée mercredi en commission de l'Energie de la Chambre.

La Région bruxelloise a elle aussi refusé d'avaliser le principe de stockage, indiquait La Libre vendredi. "Selon la majorité bruxelloise, l'Ondraf n'a pas suffisamment étudié les alternatives au stockage géologique", a écrit le quotidien, ajoutant que "le gouvernement bruxellois demande donc à l'Ondraf de reconsidérer certaines des options de stockage exclues [et] insiste également sur la réversibilité de la solution qui sera retenue. Il faut 'permettre aux générations futures d'éventuellement décider de récupérer les déchets enfouis si d'ici là une nouvelle technologie offre de meilleures garanties en matière de protection de l'homme et de l'environnement.'"

"L'absence de décision reporte le fardeau sur les prochaines générations" 

L'absence continuelle de décision sur le stockage des déchets nucléaires reporte le fardeau sur les prochaines générations, a déploré samedi l'Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies (Ondraf).

Selon l'Ondraf, l'immobilisme pourrait occasionner des risques environnementaux et financiers, mais aussi mettre en péril les connaissances et l'expertise accumulées". "Attendre n'est pas une option", souligne-t-il.

L'organisme propose le stockage géologique ou souterrain sur le territoire belge comme "destination finale" de déchets hautement radioactifs issus de l'activité des centrales nucléaires, la catégorie C regroupant les déchets de haute activité. L'enquête publique relative à cette solution d'enfouissement arrive à échéance ce samedi à minuit.

Depuis le lancement de celle-ci, l'Ondraf a reçu quelque 11.000 réactions en ligne, en plus de courriers. "La consultation s'adresse aux citoyens mais également aux instances officielles comme le Conseil fédéral du développement durable, le Comité d'avis SEA, les Régions et l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN). L'ensemble des commentaires et remarques seront analysés en vue de la proposition finale qui sera faite au gouvernement, qui aura le dernier mot", détaille le porte-parole de l'Ondraf.

Cette proposition constitue la première étape d'une longue procédure visant à donner une destination finale aux déchets nucléaires. "Un processus qui peut durer des dizaines d'années", précise l'Ondraf.