C'est déjà terminé pour les coiffeurs et salons de beauté : "Le Premier ministre ne respecte pas sa promesse"

Moins de deux mois après leur reprise, les métiers de contact doivent à nouveau se mettre à l'arrêt. Pour les coiffeurs et autres salons de beauté, la colère et l'incompréhension dominent.

C'est déjà terminé pour les coiffeurs et salons de beauté : "Le Premier ministre ne respecte pas sa promesse"
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La Libre Eco

La reprise aura été de (très courte) durée pour les métiers de contact. A peine plus d'un mois après leur reprise, le comité de concertation vient d'annoncer qu'ils devaient à nouveau fermer leurs porters. Une décision qui concerne notamment les salons de beauté, les salons de pédicure non médicale, les salons de manucure, les salons de massage les coiffeurs et barbiers, ou encore les salons de tatouage et de piercing.

Pour Febelhair, la fédération belge des coiffeurs, l'incompréhension se mêle à la colère. "C'est la surprise la plus totale. Lors du déconfinement du secteur, le Premier ministre avait expliqué que s'il autorisait notre réouverture, ce n'était pas pour reconfiner le secteur un mois plus tard. Et pourtant, c'est la décision qui est prise aujourd'hui", déplore Patrick Dumont, vice-président de Febelhair.

"Nous ne sommes pas responsables"

Les raisons avancées pour cette fermeture laissent également un goût amer. "Nous ne sommes en rien responsables de la gestion chaotique de la crise et de la hausse des cas. Les écoles ont clairement été identifiées comme des foyers de la maladie. Ce sont les enfants qui ont contaminé les parents, et ensuite le monde du travail. Mais c'est plus facile de reporter la faute sur les indépendants, et de protéger l'enseignement."

Pour Patrick Dumont, cette fermeture ne va pas régler le problème, que du contraire. "On reprend les mêmes mauvaises recettes que par le passé. On va encore assister à une fuite de la clientèle, qui va aller en France, aux Pays-Bas ou en Allemagne, où les coiffeurs sont encore ouverts. Ou pire encore, la réapparition de salons qui travailleront en noir."

Pas pire que le métro

Pour pouvoir reprendre en février, les coiffeurs avaient dû faire de nombreux investissements, notamment dans des détecteurs de CO2. "Mais aujourd'hui, certains n'ont même pas encore eu le temps de régler leurs factures, et ils doivent déjà refermer boutique", ironise Patrick Dumont. "C'est incompréhensible, alors que les coiffeurs respectent des mesures draconiennes. Il n'y a pas plus de risque dans un salon de coiffure, avec un client par 10 m², que dans le métro et autres transports en commun où les gens sont entassés."

Depuis ce matin, le vice-président fait part de la panique qui a envahi les milliers d'acteurs du secteur, qui se retrouvent à nouveau sur le qui-vive. "Pour bénéficier du droit passerelle, il faudra comparer le chiffre d'affaires de février 2021 et celui de février 2019. Or après trois mois de fermeture, nous avons connu un pique de clientèle à cette période. Donc ce sera très compliqué de pouvoir faire état d'une baisse du chiffre d'affaires de 45 %, alors que qu'ils vont en avoir besoin."

Fausse promesse

"C’est inacceptable", s’indigne également Mario Blokken, président de la Fédération belge Beauty qui réunit non moins de 80 000 professionnels des soins à la personne, coiffeurs, esthéticiennes, saunas privés. "On est littéralement choqué", dit-il. Choqué de cette refermeture à peine trois semaines après que l'autorisation de réouverture. Mais aussi de la parole mangée du Premier ministre et du Gouvernement. "Il avait promis que les métiers de contacts rouvraient pour longtemps, dit-il. Cette promesse qu’il ne respecte pas, c’est il y a seulement trois semaines qu’il l’avait faite."

Autre point inacceptable selon lui, le fait que l’on ferme les lieux qui, selon les virologues, ne sont pas source de contamination, alors qu’on garde ouverts les magasins dits essentiels (grandes surfaces alimentaires…) et les entreprises qui, eux, sont précisément des foyers potentiels. "Il faut arrêter de jouer avec les pieds des gens, conclut Mario Blokken. On va essayer de négocier, bien sûr, c’est notre rôle de fédération. En exigeant qu’ils nous expliquent pourquoi – sur quels chiffres, sur quelles bases – ils ont pris cette décision." Mais aujourd’hui, le cœur n’y était pas.

Et pourtant, les clients étaient revenus. Provoquant un rush chez certains, surtout chez les coiffeurs, un retour normal chez d’autres, les esthéticiennes notamment. "C’est horrible", indique l’une d’elles, travaillant à Uccle (avenue Brugmann), vissée devant sa télévision. "Quatre semaines de travail après quatre mois de fermeture ! Sans parler des deux mois au printemps 2020. Et on doit à nouveau fermer. Je tournais enfin presque normalement (10 % de recul). Par contre, j’ai beaucoup de réservation pour avril." "Avec ceci", ajoute-t-elle, "qu’il n’y a pas de date claire. C’est samedi qu’on doit fermer ? Ou lundi ? C’est facile pour les écoles de parler de samedi, car elles sont fermées le samedi. Mais nous, le samedi, c’est un gros jour !"