L'opération de sauvetage dans le canal de Suez pourrait prendre "des jours, voire des semaines"

Voilà maintenant plus de trois jours que le porte-conteneurs Ever Given obstrue le canal de Suez, paralysant le transport de marchandises à l'échelle mondiale. Si certains experts sont optimistes sur la résolution du problème, d'autres craignent que l'opération ne se prolonge sur plusieurs semaines.

Depuis mercredi, l'Autorité égyptienne du canal de Suez (SCA) tente de dégager le navire géant de plus de 220 000 tonnes.
Depuis mercredi, l'Autorité égyptienne du canal de Suez (SCA) tente de dégager le navire géant de plus de 220 000 tonnes. ©AFP
La Libre Eco avec AFP

Faudra-t-il quelques jours ou quelques semaines pour débloquer le canal de Suez ? Les efforts se poursuivent pour dégager un porte-conteneur de 400 mètres de long coincé depuis la nuit de mardi à mercredi en travers de cette voie cruciale pour le transport maritime mondial.

L'incident a entraîné des embouteillages massifs, avec des dizaines de navires bloqués aux deux extrémités et dans la zone d'attente située au milieu du canal, et d'importants retards dans les livraisons de pétrole et d'autres produits.

Depuis mercredi, l'Autorité égyptienne du canal de Suez (SCA) tente de dégager le navire géant de plus de 220 000 tonnes.

"Des remorqueurs et des dragues sont utilisés pour briser des rochers" et essayer de libérer le navire, a déclaré à l'AFP une responsable de la société japonaise Shoei Kisen Kaisha propriétaire du bateau.

Selon la SCA, il faudrait retirer entre 15 000 et 20 000 mètres cube de sable pour atteindre une profondeur de 12 à 16 mètres et remettre le navire à flot.

Quelques jours... ou semaines ?

Mohab Mamish, conseiller du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi en matière portuaire, a indiqué jeudi soir à l'AFP que la navigation reprendrait "dans 48 à 72 heures maximum".

"J'ai l'expérience de plusieurs opérations de sauvetage de ce type et, en tant qu'ancien président de l'Autorité du canal de Suez, je connais chaque centimètre du canal", a ajouté M. Mamish, qui a supervisé la récente expansion de cette voie maritime qui voit passer, selon les experts, près de 10 % du commerce maritime international.

Selon la SCA, il faudrait retirer entre 15 000 et 20 000 mètres cube de sable pour atteindre une profondeur de 12 à 16 mètres et remettre le navire à flot.
Selon la SCA, il faudrait retirer entre 15 000 et 20 000 mètres cube de sable pour atteindre une profondeur de 12 à 16 mètres et remettre le navire à flot. ©DPA

Mais, quelques heures plus tôt, la société néerlandaise Smit Salvage avait prévenu que l'opération pourrait prendre "des jours, voire des semaines".

L'exploitant du navire Evergreen Marine Corp, basé à Taïwan, a sollicité Smit Salvage et l'entreprise japonaise Nippon Salvage pour mettre en place "un plan plus efficace" de sauvetage du navire. Les premiers experts sont arrivés jeudi.

Smit Salvage a participé à de grandes opérations de sauvetage ces dernières années, notamment sur le Costa Concordia, navire de croisière Italien qui s'était échoué au large de la Toscane en 2012, et sur le sous-marin nucléaire russe Koursk, qui avait sombré avec 118 hommes en août 2000 à cause de l'explosion d'une torpille.

Le géant du transport maritime Maersk et l'Allemand Hapag-Lloyd ont indiqué jeudi qu'ils envisageaient de dérouter leurs navires et de passer par le Cap de Bonne-Espérance, soit un détour de plusieurs milliers de kilomètres autour du continent africain.

Moscou appelle à développer la voie maritime dans l'Arctique

"L'incident du Canal de Suez a mis en lumière la nécessité avant tout de la poursuite du développement de la Route maritime du Nord", a relevé Nikolaï Korchounov, responsable de la coopération internationale dans l'Arctique pour le ministère russe des Affaires étrangères, cité par l'agence de presse Interfax.

Le président Vladimir Poutine a fait de l'exploitation de l'Arctique une priorité stratégique, notamment la création d'une voie maritime le long des côtes nord pour relier l'Europe à l'Asie et concurrencer le Canal du Suez qui voit passer environ 10% du fret maritime mondial.

Le changement climatique et le recul de la banquise estivale rendent ce projet plus réaliste même si, à l'heure actuelle, y voir une voie praticable et fiable est prématuré. La Russie développe cependant une flotte de brise-glaces à propulsion nucléaire.

M. Korchounov relève cependant que la paralysie du trafic sur le Canal de Suez par un porte-conteneur échoué "force chacun à réfléchir à la diversification des voies maritimes stratégiques".

L'agence météo russe Rosguidromet a révélé dans un rapport jeudi que la Russie avait enregistré un record de chaleur pour l'année 2020 et un recul historique de la banquise d'été sur la Route maritime du nord.

Comparé aux années 1980, la surface de la glace y est "5 à 7 fois moindre", a souligné l'agence, et "en 2020 la surface de couverture de glace en septembre a atteint un record de faiblesse avec 26.000 km2".

Les entreprises russes exploitent en outre d'importants gisements de pétrole et de gaz, de charbon et de minerais précieux dans l'Arctique.

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