"Les prix se sont envolés": quelles répercussions pour les consommateurs  de la flambée des matières premières ?

La hausse des coûts pour les entreprises devrait se répercuter sur les citoyens.

Le prix du café a par exemple bondi sur un an et enregistre une hausse de près de 70 % sur cette dernière semaine.
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Une machine productive encore un peu grippée par la crise alors que la demande est forte, voilà une combinaison idéale pour provoquer pénuries et hausse des prix des matières premières. Les métaux, indispensables à l’économie dite verte (installations solaires, éoliennes, batteries, etc.) et l’industrie numérique sont particulièrement affectés. Cuivre, acier, aluminium… Les cours ne cessent de grimper depuis un an.

Des analystes redoutent également une hausse des prix des céréales et des autres denrées alimentaires à cause de potentielles mauvaises récoltes provoquées par certains phénomènes climatiques. Le prix du café a par exemple bondi sur un an et enregistre une hausse de près de 70 % sur cette dernière semaine.

Du côté de l’économie belge, la FEB (Fédération des entreprises belges) avance que 20 % des entreprises déclarent devoir augmenter considérablement leurs prix et que 45 % d’entre elles estiment devoir le faire, mais dans une moindre mesure.

Pénurie et répercussion sur le portefeuille

La pénurie de puces électroniques, qui a touché toute l’industrie numérique mais également automobile, a beaucoup fait parler d’elle alors que l’achat de biens électroniques en ligne a augmenté plus fortement que la production. Mais ce n’est pas la seule.

"Il y a une pénurie, même si plus limitée, de polyuréthane, un matériau très utilisé dans l'isolation des bâtiments. Et la demande en isolation est énorme, partout dans le monde. Donc les prix augmentent", commente Edward Roosens, chief economist à la FEB. "Un autre exemple : l'acier. Il y a eu une baisse des capacités de production mais, désormais, la reprise des ventes de voitures et la demande du secteur de la construction, en plein rebond, font qu'il y a des pénuries et, à nouveau, les prix montent", ajoute-t-il.

"On voit une pénurie dans tout ce qui est bicyclettes ou pièces de rechange, même si c'est un secteur de 'niche'. Les commandes peuvent prendre jusqu'à six mois pour obtenir des éléments de réparation. Il y a de grands manques dans ce secteur", raconte-t-il.

La demande en meubles et l'activité du secteur de la construction et de la rénovation font également monter considérablement le prix du bois et se répercutera à la caisse pour les consommateurs, "même si cela peut prendre plusieurs mois pour le constater", précise-t-il.

"Il y avait déjà un problème à ce niveau avant la crise du Covid. Depuis le conflit commercial entre le Canada et les États-Unis plus précisément. Donald Trump avait rendu difficile l'achat de bois canadien aux USA (hausse de taxes de 20 %, NdlR). Mais les utilisateurs américains devaient tout de même importer du bois et se sont tournés vers le marché européen, ce qui a favorisé la hausse des prix. L'Asie est également très demandeuse", glisse-t-il.

Explosion du coût du fret

Le coût du fret maritime a un rôle à jouer également. "Les prix se sont envolés… ils ont quintuplé. Faire venir un conteneur de Chine en Europe pouvait par exemple coûter environ 200 euros et, désormais, c'est plus de 1 000 euros", commente l'économiste.

Alors, faut-il s'attendre à une forte augmentation des prix pour les consommateurs ? "Toute la question est de savoir comment les entreprises vont répercuter la hausse des coûts dans leurs tarifs mais, évidemment, cela devrait faire monter les prix des biens finaux. C'est une forte probabilité. Il y a un danger que l'inflation augmente à des niveaux plus élevés que ces dernières années", analyse-t-il. Si la Banque centrale européenne (BCE) s'affichait récemment un peu plus optimiste quant au risque d'inflation, les différents plans de relance axés sur l'économie verte et – tout de même – sur la consommation devraient quant à eux jouer en faveur de la montée des prix.

Pénurie de main-d’œuvre ?

L'économiste est plus prudent sur la pénurie de main-d'œuvre potentielle, mais pointe quelques secteurs. "Il y a eu un shift vers des activités plus orientées TIC (technologies de l'information et de la communication, NdlR) et e-commerce, il y a donc pas mal de demandes pour certains profils. En marketing digital également. Le secteur de la construction est aussi très demandeur. D'autres secteurs qui ont perdu des employés à cause de la crise se retrouvent en pénurie. Dans l'Horeca, par exemple. Les établissements qui rouvrent cherchent des personnes mais les boîtes d'interim n'arrivent pas encore à suivre", conclut l'économiste.

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