"L’offre touristique de cet été risque d’être partiellement perturbée mais les opérateurs feront preuve d’une grande résilience comme lors de la crise sanitaire"

La catastrophe climatique est un coup de frein au secteur, déjà martyrisé par la crise du Covid. Valérie De Bue (MR) estime que l’offre sera perturbée. Ceci, en pleine réflexion stratégique sur “le tourisme wallon en 2030”. Premiers éléments de réponse sur ce que sera l’identité du tourisme wallon ces prochaines années.

"L’offre touristique de cet été risque d’être partiellement perturbée mais les opérateurs feront preuve d’une grande résilience comme lors de la crise sanitaire"
©D.R.
Anne Masset et François Mathieu

Les conditions climatiques dramatiques actuelles ne pouvaient évidemment pas la laisser de marbre. Valerie De Bue, la ministre wallonne notamment en charge du Tourisme (MR), est "profondément touchée par la situation actuelle. Des vies ont été brisées, des projets de vie ont été engloutis, des espoirs anéantis… Certains ont tout perdu… C’est une terrible souffrance", nous dit-elle, quelques jours après l’interview qu’elle nous avait accordée sur l’avenir du tourisme en Wallonie. Pour le tourisme, précisément, "c’est aussi un nouveau coup dur pour l’ensemble du secteur", poursuit-elle. "De nombreux lieux et hébergements touristiques ont été touchés. L’offre touristique de cet été risque d’être partiellement perturbée mais je sais que tous les opérateurs feront preuve d’une grande résilience comme lors de la crise sanitaire. Il est important, durant les prochains jours, de limiter les déplacements récréatifs dans les zones qui ont été sinistrées afin de permettre à chacun d’effectuer son travail sereinement et de bénéficier plus tard des meilleures conditions d’accueil. Il est également primordial de rappeler que les cours d’eau resteront très dangereux dans les prochains jours et qu’il faut éviter de se promener le long de ceux-ci pour l’instant", recommande-t-elle.

L’ouvrage devra être rapidement remis sur le métier. Malgré tout. Parce que la crise du Covid a constitué une opportunité et qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud. "Certaines tendances qui se dessinaient - un tourisme plus "nature", plus de proximité… -, se sont trouvées renforcées avec la crise du coronavirus", explique Valerie De Bue. Avec une distinction à la clé : les touristes ont apprécié leur séjour en Wallonie, lui attribuant une note moyenne de 7,1 sur 10. À la rentrée, la ministre libérale présentera les recommandations de deux études - l’une stratégique, l’autre digitale - menées par deux grands cabinets d’audit (Roland Berger et KPMG) pour renforcer l’attractivité du tourisme wallon à l’horizon 2030. "La Wallonie a du potentiel. Le climat n’est malheureusement pas toujours de la partie, mais ce n’est pas le cas de l’Écosse non plus, et pourtant cette région jouit d’une très belle notoriété touristique." Quelle sera donc l’identité du tourisme wallon ces prochaines années ? Éléments de réponses.

Qu’est-ce que la crise a révélé?

La thématique "nature et évasion" a été fort en vogue. Cela a logiquement été un peu plus compliqué pour les excursions culturelles, patrimoniales, mais cette crise a démontré que l’authenticité et la convivialité wallonnes devaient être davantage développées. Cela ne signifie pas forcément attirer plus de monde, mais surtout les garder plus longtemps.

Ce qui passe par…

Le développement d’un tourisme durable, qui lui-même passera par une offre touristique plus structurée et plus cohérente, qui permette précisément de renforcer la durée des vacances en terres wallonnes. En temps normal, on est à 2 à 3 jours de séjour en moyenne ; on devrait pouvoir arriver à une semaine. En termes économiques, sociaux et environnementaux, il est important de proposer une offre touristique plus thématique, plus transversale. C’est l’une des principales recommandations de l’étude stratégique. Le tourisme (60 000 équivalents temps plein), c’est 7,1 % de la part d’emploi en Wallonie. Comme le secteur de la construction. C’est donc un secteur important, de surcroît non délocalisable…

Comment y arrive-t-on ?

D’abord, en regardant un peu ce qui se fait ailleurs. L’Occitanie et l’Écosse constituent des références, mais un travail important a déjà été réalisé par le commissariat général au tourisme (CGT), qui s’occupe notamment de régulation et réglementation, et l’ASBL Wallonie Belgique Tourisme (WBT), qui promeut le tourisme de la Région wallonne. On ne part pas de rien. On n’a pas attendu la crise pour travailler avec les maisons du tourisme. Simplement, il y a une identité à affiner, une offre différente à construire pour se démarquer de nos concurrents, parce que oui, le tourisme est un marché, dont pas mal d’acteurs vivent, y compris dans le commerce qui capte 13 % des dépenses des touristes. Il faudra aussi numériser davantage le secteur. C’est l’un des enjeux majeurs d’ici à 2024. La libération de 90 millions d’euros dans le cadre du plan de relance, au-delà des budgets de fonctionnement (NdlR : 60 millions par an), devrait notamment aider à construire un parcours numérique complet, de l’hébergement à la culture, en passant par la mobilité, au-delà des thèmes de visite bien sûr. Pour les opérateurs et les touristes, ce qui compte, c’est d’avoir une plateforme de départ qui permette d’avoir cette vue d’ensemble. La mise sur pied du site VisitWallonia participait déjà de cette volonté de donner une image plus claire des offres touristiques wallonnes. C’était une première pierre à l’édifice.

Vous faites référence aux maisons du tourisme, mais sur le terrain, certains regrettent leur baisse ces 5 dernières années (de 42 à 27)… Concrètement, comment vont-elles participer au redéploiement de l’offre touristique ?

Je pense qu’il y a assez de maisons de tourisme, d’autant qu’il y a aussi des syndicats d’initiative et des offices de tourisme qui participent à la promotion du tourisme wallon. Une certitude, on réunira ces différents acteurs plus souvent, tous les 3 mois. Il faut pour ce faire proposer une offre plus thématique - le tourisme fluvial, le tourisme de mémoire, etc. - afin de construire cette identité touristique wallonne. Les maisons du tourisme sont en première ligne pour la construire, pour proposer des partenariats plus transversaux dans une même région, mais aussi entre différentes régions. Elles devront sans doute transcender leur propre logique pour travailler davantage en réseau. Elles devront plus collaborer entre elles, elles en sont conscientes. L’animation de ces maisons du tourisme ressort d’ailleurs de l’étude stratégique et… est même une demande qui émane d’elles. Un autre point sera de fluidifier les procédures et notamment les délais d’octroi de permis d’urbanisme. L’idée au niveau de la Région est de raccourcir les procédures, en ayant des parcours numériques beaucoup plus souples. On doit encore opérationnaliser les résultats de l’étude stratégique, lancer les premiers appels à projets fin 2021, début 2022, monter en puissance en 2022, déjà avec le pass, et pour 2023 on devrait aboutir à cette réforme.

Vous avez relancé le pass touristique VisitWallonia en mai pour soutenir le secteur pendant cette période de pandémie…

En 2020, nous avions lancé le pass VisitWallonia (d’une valeur de 80 euros et permettant l’accès à près de 700 musées, parcs d’attractions, hébergements, etc. en Wallonie, NdlR) pour soutenir le secteur, à côté des aides directes, et relancer le tourisme de l’arrière-saison. Pour que le secteur qui avait essuyé de grosses pertes pendant le premier confinement puisse se rattraper un peu. Ce qui n’a pas été le cas puisque nous sommes ensuite rentrés dans un deuxième confinement puis un troisième. Nous avons dû étaler cette mesure de soutien sur quasi un an alors qu’elle était prévue sur trois mois.

La première salve qui a eu lieu début octobre a ainsi été prolongée jusqu’à la fin des vacances de Pâques, la suivante début mai concernait 25 000 pass valables en mai et juin et la dernière 25 000 pass valables en juillet et août. Pour un montant total de 5 millions d’euros.

Quel a été l’impact de ce pass ?

Au-delà du coup de pouce, cela a suscité pas mal d’engouement en termes de notoriété pour la Région. Et puis cela a eu un effet levier puisque les gens ont dépensé plus que les 80 euros du pass. On peut estimer que c’est plutôt le double qu’ils ont dépensé. Et c’est l’étape vers un pass wallon plus pérenne qui sera accessible à tout le monde cette fois et qui donnera envie à tous de visiter la Wallonie.

À quelle échéance est-il prévu ?

L’horizon : l’été 2022.

En quoi consistera-t-il ?

Ce pass donnera accès à une panoplie de réductions, de bons d’achat, d’actions de fidélisation, d’avantages client, proposés par les opérateurs. Nous pourrons aussi y intégrer les initiatives plus locales. Par exemple, la Province de Liège a proposé un pass en 2020. On pourrait inclure de telles initiatives dans le pass wallon. Les opérateurs fournissent le contenu, nous finançons le contenant. L’idée est de réunir au même endroit et de structurer l’ensemble des actions en une offre intégrée.

Le pass 2022 sera gratuit et numérique - je ne dis pas qu’il n’y aura pas de déclinaison autre pour éviter la fracture numérique. L’idée était de d’abord penser numérique et qu’après, on voie les déclinaisons qu’on peut faire. L’objectif : si vous avez envie, en fonction de votre budget, de profiter de telle ou telle promotion, ce pass vous donnera ces infos de manière directe et vous ne devrez pas aller sur un site, consulter une brochure, téléphoner. Vous aurez le point d’entrée unique pour avoir cette information. C’est très important en matière de promotion, de dynamique, d’activation de la clientèle. Et c’est quelque chose qui n’est pas super développé pour le moment.

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