Les gagnants et les perdants de l'envolée du cours du baril de pétrole

Motif de réjouissance pour des producteurs qui font tourner le tiroir-caisse, la hausse récente des cours du pétrole brut grève le budget des consommateurs et plane comme une menace sur la reprise mondiale.

Les gagnants et les perdants de l'envolée du cours du baril de pétrole
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La Libre Eco avec AFP

Laissant loin derrière eux leur plongée en territoire négatif au plus fort de la pandémie, les cours de l'or noir progressent depuis cinq semaines, le baril de Brent atteignant même mardi 80 dollars pour la première fois depuis fin octobre 2018.

Les consommateurs, les grands perdants

Sans surprise, les consommateurs sont les grands perdants de la hausse des prix du brut.

"Les entreprises et les ménages en Europe et aux États-Unis vont subir une augmentation des coûts liés à l'utilisation du pétrole et de l'énergie", explique à l'AFP Josie Dent, économiste du centre de réflexion CEBR.

Ce qui pourrait ralentir l'activité économique "au moment même où les entreprises sont confrontées à une pression croissante sur les coûts", renchérit Simon MacAdam, de Capital Economics.

Le spectre d'une inflation galopante, à même d'étouffer dans l’œuf la reprise post-Covid de l'économie mondiale, alimente les craintes des milieux économiques.

Au Royaume-Uni, le CEBR prévoit une accélération de l'inflation à 4 % voire 5 % si les prix de l'énergie restent sous tension d'ici la fin de l'année, alors qu'elle a déjà atteint en août un pic depuis 2012 à 3,2 % sur un an.

De l'autre côté de l'Atlantique, le président américain Joe Biden s'était déjà ému de la montée des prix à la pompe cet été et avait fait pression pour soulager le porte-monnaie de l'automobiliste américain.

Les cartes dans les mains des producteurs, mais...

Dans le même temps, les producteurs se frottent les mains, reprend M. MacAdam, interrogé par l'AFP, à travers le dynamisme de leurs exportations et les recettes fiscales qu'ils en tirent.

Mais les pays producteurs savent qu'il est de leur intérêt de ne pas être trop gourmands puisqu'un coup d'arrêt de la reprise économique plomberait de facto la demande de brut.

D'autant qu'un prix du brut élevé alimente le débat sur le besoin de sources d'énergies plus variées et plus propres, qui ne leur profite pas.

Les cours de l'or noir qui s'envolent nourrissent enfin les convoitises puisque l'exploitation de nouveaux champs, laissés jusqu'à présent de côté, devient alors rentable.

Ce mécanisme menace les parts de marché des producteurs établis à l'image des treize membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de leurs dix alliés au sein de l'accord Opep+.

Ceux-ci pourraient donc réagir dès lundi prochain à l'occasion de leur prochaine réunion ministérielle en ouvrant de quelques tours leur robinet d'or noir, même si nombre d'analystes tablent pour l'instant sur le statu quo.

Des perturbations à plusieurs niveaux

Certains des membres du cartel sont de toutes façon en proie à des baisses de leur production: les experts d'UBS évoquent par exemple des "travaux de maintenance" au Kazakhstan et des "perturbations imprévues" au Nigeria, au Mexique et en Libye.

A celles-ci s'ajoute la baisse surprise de la production américaine dans le Golfe du Mexique à la suite du passage de l'ouragan Ida fin août, qui a provoqué des dégâts importants sur les installations pétrolières.

Or, la reprise de la demande mondiale est plus rapide que prévu, soutenue par une certaine forme de retour à la normale chez les principaux consommateurs à la faveur des campagnes de vaccination, constate la banque Goldman Sachs.

Les gagnants et les perdants de l'envolée du cours du baril de pétrole
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En outre, la flambée des prix du gaz à la rentrée pourrait encourager un report non négligeable vers des achats d'or noir.

De quoi alimenter une "tempête haussière presque parfaite", résume l'analyste de PVM Tamas Varga.

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