Joe Biden donne un coup de frein à ses ambitions d'investissements massifs

Pour éviter un échec politique cuisant, la Maison Blanche avait déjà consenti cet été à ramener le montant de son plan infrastructures à 1.200 milliards de dollars contre 2.200 milliards sur huit ans prévus initialement.

Joe Biden donne un coup de frein à ses ambitions d'investissements massifs
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La Libre Eco avec AFP

Joe Biden va se rendre mercredi à Scranton, sa ville natale de Pennsylvanie, où il fera la promotion de ses plans d'investissements dont les montants ont été revus en nette baisse pour tenter de rassembler toutes les franges du parti démocrate.

C'est la première fois depuis son arrivée à la Maison Blanche que le président américain retourne dans cette ville à forte tradition ouvrière. Il y prononcera un discours pour tenter de convaincre tous les démocrates, sans exception, de voter ses projets ambitieux censés réformer l'Amérique.

Mardi, il a mené des négociations intensives avec des élus qui menacent de faire échouer ses projets au Congrès. En jeu, deux vastes programmes. Le premier porte sur des investissements pour moderniser les infrastructures. Le second, baptisé "Build Back Better" ("Reconstruire en mieux") prévoit des dépenses sociales. Ces plans prévoient aussi de nombreuses mesures pour protéger l'environnement.

Pour éviter un échec politique cuisant, la Maison Blanche avait déjà consenti cet été à ramener le montant de son plan infrastructures à 1.200 milliards de dollars contre 2.200 milliards sur huit ans prévus initialement. Ce montant a été acté au Sénat mais son passage à la Chambre des représentants reste en suspens, l'aile gauche des démocrates ayant conditionné son vote à l'accord sur le paquet social.

Le plan "Build Back Better" prévoyait, lui, initialement des dépenses de 3.500 milliards de dollars sur dix ans pour renforcer l'accès à l'éducation, à la santé, aux gardes d'enfants ainsi que des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique.

Mais la démocrate Pramila Jayapal, cheffe de file des progressistes à la Chambre des représentants, a indiqué mardi soir après sa rencontre avec Joe Biden que la contre-offre du président était désormais de l'ordre de 1.900 à 2.200 milliards de dollars. Une enveloppe encore supérieure aux 1.500 milliards voulus par le sénateur modéré Joe Manchin, dont le vote est crucial.

Jusqu'alors, la gauche s'était insurgée contre le fait que les centristes cherchent à diminuer le montant. Reste à savoir si elle va accepter une telle contre-offre rabotée.

"Fenêtre de tir"

Joe Biden a rencontré mardi deux sénateurs démocrates clés, les modérés Joe Manchin et Kyrsten Sinema, dont l'opposition au plan de réformes sociales équivaudrait, ni plus ni moins, à un veto. Car si les démocrates contrôlent le Congrès, leur majorité au Sénat est si courte que toute défection est impossible.

A l'issue des réunions, la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a semblé plus optimiste, relevant qu'il y avait "un consensus large sur l'urgence d'avancer lors des prochains jours" car "la fenêtre de tir" pour conclure un accord "est en train de se fermer".

Elle reprenait ainsi des propos tenus plus tôt par le chef de la majorité au Sénat, Chuck Schumer, qui avait lui aussi évoqué un consensus sur la nécessité de parvenir à un accord.

"Nous devons le faire et nous voulons le faire cette semaine", avait-il insisté.

Pramila Jayapal a, elle, estimé que le président avait "travaillé incroyablement dur pour amener tout le monde au point où les choses peuvent avancer".

Les centristes, qui sont confrontés pour certains à des élections de mi-mandat très disputées, sont déterminés à concrétiser toute victoire législative qu'ils pourraient ensuite faire valoir en campagne.

Pour Joe Biden, au-delà du succès politique intérieur, un vote du plan "Build Back Better" serait à mettre à son crédit lors de la COP26, la conférence mondiale sur le climat dans quelques jours à Glasgow.

Les plans du président comprennent "des mesures très importantes" dont celles pour répondre à la problématique du changement climatique, a d'ailleurs relevé mercredi la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen sur la chaîne MSNBC, tout en répétant qu'ils seraient aussi bénéfiques à l'économie américaine.

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