La livre turque dégringole suite à un nouveau rabais du taux directeur

C'est la troisième fois en moins de deux mois que la banque centrale turque abaisse son principal taux directeur.

La livre turque dégringole suite à un nouveau rabais du taux directeur
©Belga
La Libre Eco avec AFP

La Banque centrale de Turquie a abaissé d'un point jeudi son principal taux directeur, de 16 % à 15 %, suivant le souhait du président turc Recep Tayyip Erdogan, malgré l'inquiétude des marchés, ce qui a fait plonger un peu plus la monnaie nationale.

M. Erdogan est résolument hostile aux taux d'intérêt élevés.

Cette nouvelle baisse du taux directeur - la troisième en moins de deux mois - a fait reculer la livre turque, qui a déjà perdu plus de 30 % de sa valeur face au billet vert depuis le début de l'année. La monnaie turque, la moins performante des devises des pays émergents en 2021, s'échangeait peu après 11H30 GMT, au-delà de 10,8 livres pour un dollar. Un dollar s'échangeait à 8,3 livres début septembre.

Les décisions mensuelles concernant les taux directeurs sont scrutées par tous en Turquie, alors que l'inflation officielle frôle les 20 % sur un an, rendant le coût de la vie difficilement soutenable pour une grande partie de la population.

Cette décision est "ridicule" et "vraiment dangereuse pour la livre et pour la Turquie", a jugé Timothy Ash, analyste à BlueBay Asset Management, spécialiste de la Turquie.

"Les décideurs ont défié les investisseurs qui avaient clairement poussé la Banque centrale à se dresser contre l'appel du président Erdogan à une baisse des taux d'intérêt. La décision rappelle que la politique monétaire en Turquie est dictée depuis le palais présidentiel", a estimé dans une note Jason Tuvey, analyste chez Capital Economics.

"84 millions à souffrir"

Le président Erdogan, dont la popularité est au plus bas après 19 ans au pouvoir, semble faire le pari de la croissance économique à tout prix en vue d'une éventuelle réélection en 2023.

Mais sa politique monétaire très critiquée et le manque d'indépendance de la banque centrale font chuter la livre turque, qui atteint presque quotidiennement de nouveaux plus bas historiques face au dollar, renchérissant les importations.

"Tant que je serai à ce poste, je continuerai mon combat contre les taux d'intérêt", a réaffirmé mercredi le président turc devant le Parlement, invoquant même l'interdiction de l'usure dans le Coran, alors que certains économistes appelaient à relever le taux d'intérêt directeur.

M. Erdogan voit les taux d'intérêt élevés comme un frein à la croissance. A rebours des théories économiques classiques, le chef de l'Etat soutient que relever les taux alimente la hausse des prix.

Volatilité

La hausse des taux est pourtant l'un des principaux instruments permettant de lutter contre l'inflation qui est, en Turquie, l'une des plus élevées du monde.

"Erdogan ARRÊTE maintenant !", a tweeté jeudi le chef du parti d'opposition CHP, Kemal Kilicdaroglu, apppelant à la tenue d'élections anticipées."Le directeur de la banque centrale Erdogan a conduit le pays à la catastrophe. Nous sommes 84 millions à souffrir", avait-il déjà déploré mercredi.

"La volatilité actuelle de la livre turque, encouragée par les inquiétudes liée à la politique monétaire, ne risque pas d'aider à stabiliser les prix", a relevé Kelly Roger, économiste de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

La Banque centrale turque - officiellement indépendante - avait déjà abaissé de deux points son taux en octobre, et d'un point fin septembre, provoquant à chaque fois un nouveau plongeon de la monnaie locale. Le président Erdogan a limogé trois gouverneurs de la Banque centrale depuis 2019, sapant la confiance des investisseurs.

En octobre, le président turc a également limogé deux gouverneurs adjoints de la Banque et un membre du comité de politique monétaire. L'un deux avait été le seul à voter contre la baisse du taux directeur en septembre, selon des informations de presse.

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