12 à 15 milliards de dollars pour relancer l'économie du Liban, qui traverse l'une des pires crises de l'histoire mondiale

Pour le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, "la quote-part du Liban au FMI est de 4 milliards de dollars", mais d'autres pays pourraient l'aider à atteindre la somme de "12 à 15 milliards de dollars", nécessaire pour "relancer son économie".

Riad Salamé, le gouverneur de la Banque centrale du Liban, est en discussion avec le FMI depuis novembre.
Riad Salamé, le gouverneur de la Banque centrale du Liban, est en discussion avec le FMI depuis novembre. ©BELGA
La Libre Eco avec AFP

Le gouverneur de la Banque centrale du Liban a estimé mardi dans une interview à l'AFP que le Liban avait besoin de 12 à 15 milliards de dollars pour relancer son économie, qui s'effondre depuis plus de deux ans.

Le Liban traverse depuis 2019 une crise économique sans précédent, l'une des pires dans l'histoire du monde depuis 1850, selon la Banque mondiale. Conséquence de cette dépression : le salaire minimum ne dépasse pas les 25 dollars sur le marché noir, et quatre Libanais sur cinq sont considérés comme pauvres, selon l'ONU.

Pour le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, "la quote-part du Liban au Fonds Monétaire International (FMI) est de 4 milliards de dollars", mais d'autres pays ou des institutions financières pourraient contribuer à aider le Liban à atteindre la somme de "12 à 15 milliards de dollars" nécessaire pour "relancer son économie".

Le gouvernement libanais a repris en novembre les discussions avec le FMI, mais n'a pas encore entamé les réformes demandées par la communauté internationale pour venir en aide au Liban.

Gérer les résultats de l'effondrement

Lourdement endetté, le Liban a annoncé en mars 2020 le premier défaut de paiement de son histoire. Depuis, les réserves obligatoires en devises étrangères du Liban ont chuté à 12,5 milliards de dollars, une baisse de plus de 50 % depuis le début de la crise économique en 2019.

"Les réserves obligatoires (que la Banque centrale ne peut pas utiliser, ndlr) atteignent aujourd'hui environ 12,5 milliards de dollars" (environ 11,06 milliards d'euros), a déclaré mardi Riad Salamé, qui a précisé que cette institution dispose de 1,5 milliards de dollars en surplus pour maintenir le système de subventions pour "six à neuf mois" supplémentaires.

Après avoir entièrement levé les subventions sur les carburants, les autorités réduisent progressivement les subventions sur les médicaments et la farine, alors que la livre libanaise a perdu 90 % de sa valeur sur le marché noir.

Le gouverneur de la Banque centrale a défendu les mesures prises depuis le début de la crise économique en estimant que "si ce n'était pour la Banque centrale et ses réserves, le Liban n'aurait pas pu continuer". Il a précisé que son institution n'était pas responsable de la crise financière, "nous gérons les résultats" de l'effondrement.

Vu l'adoption de plusieurs taux de change par la Banque centrale et l'existence d'un taux de change sur le marché noir, M. Salamé a estimé que l'unification des taux n'était pas envisageable, avant un accord avec le FMI et une stabilité politique.

Fixée officiellement depuis 1997 au taux de 1 507 livres pour un dollar, la monnaie nationale a atteint un taux de change record d'environ 30 000 livres pour un dollar en décembre sur le marché noir.

Pas encore de plan

Actuellement, les discussions du Liban avec le FMI sont toujours au stade du diagnostic de la situation financière, a indiqué Salamé : "Le Liban n'a pas encore présenté de plan au FMI", a-t-il dit.

Initialement entamées en mai 2020, les premières négociations ont fini par dérailler deux mois plus tard sur fond de divisions du côté libanais sur la répartition des pertes. Jeudi, le vice-Premier ministre Saadé Chami a déclaré à l'AFP que les responsables libanais ont convenu que ces pertes s'élevaient à "environ 69 milliards de dollars".

Le gouvernement libanais ne s'est plus réuni depuis le 12 octobre, en raison de tensions autour de l'enquête sur les explosions meurtrières du 4 août 2020 au port de Beyrouth, et de la crise avec les pays arabes du Golfe. Cette paralysie entrave la mise en place des réformes nécessaires pour sortir le pays du gouffre financier.

En plus de défendre sa politique monétaire, le gouverneur de la Banque centrale fait face à une série de poursuites judiciaires au Liban et en Europe notamment. Il est accusé de blanchiment d'argent et d'avoir transféré de l'argent vers l'étranger via la Banque centrale.

M. Salamé a lui affirmé que les plaintes étaient fondées sur des informations fournies par des Libanais "pour des raisons politiques, idéologiques ou liées à certains intérêts".

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