Sortie du nucléaire : "Le scénario que nous avons choisi est sûr pour les entreprises et pour notre pays"

Selon Alexander De Croo, l'accord a été conclu "avec un regard ouvert vers l'innovation" et la volonté de "développer l'expertise et le savoir-faire". La ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten a renchéri : "la sortie du nucléaire n'est pas une fin en soi".

Le Premier ministre Alexander De Croo avec la ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten.
Le Premier ministre Alexander De Croo avec la ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten. ©BELGA
La Libre Eco avec Belga

Le Premier ministre Alexander De Croo a développé jeudi, avec la ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten, l'accord intervenu la nuit précédente au sein du gouvernement fédéral concernant la politique énergétique. Selon Alexander De Croo, l'accord a été conclu "avec un regard ouvert vers l'innovation" et la volonté de "développer l'expertise et le savoir-faire. Nous l'avons déjà fait pour l'éolien offshore et encore l'hydrogène", a-t-il rappelé en conférence de presse, en présence du CEO d'Elia Chris Peeters. "Un regard tourné vers l'avenir", a renchéri Tinne Van der Sraeten, ajoutant que "la sortie du nucléaire n'est pas une fin en soi."

Cet accord est basé sur les rapports qui ont été présentés les semaines précédentes par Elia, la Creg, l'UGent et le SPF Economie. "Et tous les rapports que nous avons lus sont unanimes : le scénario que nous avons choisi est sûr pour les entreprises et pour notre pays", a assuré le Premier ministre.

Concrètement, le plan A de sortie du nucléaire en 2025 est maintenu et le CRM (Mécanisme de Rémunération de Capacité) suit son cours. Le CRM est un mécanisme de subsidiation, via des enchères, de différentes capacités visant à compenser la fin des sept centrales nucléaires que compte la Belgique.

Deux dates phares

Mais face à l'absence de permis octroyé pour le moment à la centrale au gaz de Vilvorde, le gouvernement fédéral se donne deux rendez-vous pour analyser la situation.

Le 17 janvier, l'AFCN (l'Agence fédérale de contrôle nucléaire) et le SPF Économie (DG Energie) devront rendre un rapport dans lequel sera listé et analysé les actions nécessaires à l'activation du plan B s'il s'avère le 18 mars que le rapport d'Elia annonce que le CRM n'offre pas une sécurité d'approvisionnement. Dans ce contexte, la prolongation de deux réacteurs actuels (Doel 4 et Tihange 3) pourrait être envisagée.

Le 18 mars, Elia, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, rendra à son tour son rapport. S'il apparait que la sécurité d'approvisionnement est garantie, le plan A se poursuivra. Si non, le plan B pourrait être activé.

La date limite pour l'obtention d'un permis pour Vilvorde a été fixée au 15 mars. Compte tenu du nombre suffisant de projets proposés dans le cadre de la vente aux enchères, il pourra être décidé, si aucun permis définitif en dernière instance administrative n'est disponible pour cette centrale, de sélectionner une autre capacité parmi les projets non sélectionnés, à savoir Tessenderlo, Manage et/ou Seraing, indiquait-on à bonne source. Certains permis déjà octroyés en Wallonie font cependant l'objet de recours au Conseil d'État. "Ceux-ci ne sont pas suspensifs", a assuré la ministre de l'Énergie. La centrale des Awirs (Flémalle), retenue dans le cadre du CRM, fait elle aussi l'objet d'un tel recours.

Un dialogue "renforcé" avec les entités fédérées

Le gouvernement fédéral travaille également à un "dialogue renforcé" avec les entités fédérées, compétents pour la délivrance des permis, a ajouté la ministre écologiste. "La sécurité d'approvisionnement est une responsabilité partagée. Un comité de concertation est une des options." Pour l'avenir, le fédéral travaille à un cadre juridique selon lequel les projets qui participent aux prochaines enchères CRM devront avoir déjà obtenu leur permis.

""Nous faisons un back-up du back-up", a déclaré la ministre de l'Energie. "Il est certain à 99% que le plan A réussira et que les approvisionnements seront garantis, mais nous ne prenons aucun risque avec ce 1%." Alexander De Croo a qualifié ce plan B de "filet de sécurité que nous gardons à portée de main". "Faire autre chose serait de la mauvaise gestion. Mais toute l'énergie est consacrée à la mise en œuvre du Plan A, ce qui est un signal très clair pour le marché."

Exploitation de la technologie

Alexander De Croo et Tinne Van der Straeten ont également annoncé le souhait de la Belgique d'investir et de se lancer dans la recherche sur l'énergie nucléaire du futur avec, entre autres, la technologie des centrales SMR, plus petites et plus sûres, pour laquelle un montant de 100 millions d'euros est prévu, par tranches de 25 millions annuels pendant quatre ans via la Creg. Pour ce faire, le gouvernement fédéral souhaite travailler avec ses voisins français et néerlandais, qui se sont orientés dans cette voie. Une nouvelle loi énergétique est prévue à cet effet, dont l'objectif reste la neutralité carbone en 2050.

Plus tard ce jeudi, le Conseil des ministres donnera en outre son feu vert à un projet de Tinne Van der Straeten qui doit garantir que le coût du démantèlement des centrales nucléaires - estimé à 14 milliards d'euros - soit payé par l'opérateur Engie, et non par le contribuable. Le gouvernement continuera également de travailler sur des mécanismes de contrôle des prix élevés de l'énergie, a déclaré la ministre de l'Énergie.

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