Explosion du taux d'intérêt des emprunts en Turquie : "La Banque centrale a perdu le contrôle de l'inflation"

Ce mercredi, le rendement des obligations d'État pour une période de 10 ans a atteint un niveau record de 24,9 %. Or, le taux d'intérêt de celles-ci sert de base pour les taux des prêts hypothécaires.

Il semblerait que la politique économique non conventionnelle du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui consiste à lutter contre une inflation élevée en réduisant les taux d'intérêt, se retourne contre lui.
Il semblerait que la politique économique non conventionnelle du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui consiste à lutter contre une inflation élevée en réduisant les taux d'intérêt, se retourne contre lui. ©Shutterstock
La Libre Eco avec Belga

Malgré la baisse des taux d'intérêt en Turquie, emprunter continue de coûter de plus en plus cher dans le pays. Il semblerait donc que la politique économique non conventionnelle du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui consiste à lutter contre une inflation élevée en réduisant les taux d'intérêt, se retourne contre lui.

Depuis que la Banque centrale de Turquie a commencé à réduire les taux d'intérêt en septembre, le rendement des obligations d'État sur une période de 10 ans a augmenté de plus de 7 %, pour atteindre un niveau record de 24,9 % ce mercredi.

Le gouvernement turc devra donc payer plus d'intérêts lorsqu'il émettra de nouvelles obligations d'État. Par ailleurs, le taux d'intérêt des obligations d'État sert de base pour déterminer les taux pour les prêts hypothécaires et les prêts à la consommation.

Une politique monétaire trop souple

Cette augmentation intervient alors que les investisseurs craignent que la politique monétaire reste beaucoup trop souple pour contenir l'inflation élevée. La dévaluation réduira la valeur de leurs avoirs en monnaie locale.

Cette hausse rapide des coûts d'emprunt souligne les difficultés auxquelles Erdogan est confronté pour mettre en œuvre sa politique controversée en matière de taux d'intérêt. Il pense que des taux d'intérêt plus élevés conduisent à des prix plus élevés, ce qui va à l'encontre des théories économiques acceptées.

Sous la pression d'Erdogan, la Banque centrale a considérablement réduit ses taux d'intérêt au cours des quatre derniers mois.

Dépréciation de la livre turque

En raison de l'inflation élevée, les ménages exigent des taux plus élevés sur leurs comptes d'épargne et les investisseurs évaluent une prime de risque plus élevée.

"La Turquie a renoncé à utiliser son arme des taux d'intérêt et la Banque centrale a perdu le contrôle de l'inflation", a déclaré Ogeday Topcular, gestionnaire de fonds chez RAM Capital. Il a ajouté que la hausse des coûts d'emprunt sur le marché était un "résultat naturel" de cette politique.

La livre turque a perdu près d'un tiers de sa valeur ce trimestre, les Turcs ayant commencé à acheter des dollars en masse pour protéger leurs économies. Pour arrêter la chute de la livre, un nouveau programme a été introduit plus tôt ce mois-ci, selon lequel l'épargne des citoyens turcs devrait les protéger contre les fluctuations de la monnaie.

La livre s'est appréciée de plus de 50 % après l'intervention de la semaine dernière. Si ces mesures ont offert un certain répit à la livre, rien n'indique pour l'instant qu'elles permettent de réduire les coûts d'emprunt.

Jeudi, la monnaie a également subi une nouvelle pression contre l'euro et le dollar, en raison du manque de confiance des investisseurs dans les mesures prises par la banque centrale pour stabiliser le taux de change de la lire.

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