Les puissances occidentales multiplient les sanctions financières économiques contre la Russie

En l'attaquant sur le front économique, la France et les Etats-Unis tentent de réduire la Russie à l'impuissance.

La Libre Eco avec AFP
Le ministre de l'Economie français Bruno Le Maire et le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.
Le ministre de l'Economie français Bruno Le Maire et le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. ©BELGA

Les Etats-Unis ont mis en application ce lundi une sanction d'une sévérité inédite contre la banque centrale russe, qu'ils entendent réduire à l'impuissance en réponse à l'invasion de l'Ukraine.

Washington a interdit avec effet immédiat toute transaction avec l'institution monétaire russe, a annoncé le département du Trésor avant l'ouverture des marchés américains. "Cette décision a pour effet d'immobiliser tous les actifs que la banque centrale de Russie détient aux Etats-Unis, ou qui seraient détenus où que ce soit par des personnes américaines", est-il précisé dans un communiqué.

Dans les faits, cette décision, en lien avec des sanctions similaires prises par de nombreux alliés des Etats-Unis, va limiter très fortement la capacité de Moscou à utiliser ses abondantes réserves de devises pour acheter du rouble.

Ces opérations de défense de la devise russe, qui s'effondre déjà, "ne seront plus possibles et la 'forteresse Russie' se retrouve sans défense", a commenté un haut responsable de l'administration américaine lors d'une conférence téléphonique.

Il a estimé que ces sanctions coordonnées allaient enclencher un "cercle vicieux" pour l'économie russe, et prédit : "L'inflation va très certainement flamber, le pouvoir d'achat va s'effondrer, les investissements vont s'effondrer". "Notre objectif est d'assurer que l'économie russe reculera tant que le président Poutine décidera d'avancer dans l'invasion de l'Ukraine", selon le haut responsable.

Les Etats-Unis ont également mis en oeuvre lundi des sanctions contre le Russian Direct Investment Fund, une institution financière publique utilisée par la Russie en particulier pour lever des fonds à l'étranger, et dirigée par un proche du président russe, Kirill Dmitriev.

"Ce fonds et sa direction sont des symboles de la profonde corruption en Russie et de ses trafics d'influence" à l'étranger, a estimé la source citée plus haut.

Le Canada emboîte le pas

Le Canada a emboîté le pas des Etats-Unis en prenant une décision similaire.

"Dorénavant, il est interdit à toute institution financière canadienne de transiger avec la banque centrale russe. Cela l'empêche de déployer les réserves monétaires internationales de la Russie et limite davantage la capacité de Poutine à financer la guerre qu'il a choisie", a annoncé le Premier ministre canadien Justin Trudeau.

La Russie disposait de 643 milliards de dollars de réserves de changes à la fin de la semaine dernière, selon des données officielles, un niveau élevé obtenu en détournant en partie les revenus pétroliers et gaziers.

On ignore en revanche quelle est la part de réserves de change de la Russie détenue en dollars américains, l'administration Biden n'ayant pas donné d'estimation.

Les nouvelles restrictions imposées par les Etats-Unis et leurs alliés contre la vente de roubles à la Russie visent à saper la capacité du pays à soutenir sa monnaie face aux nouvelles sanctions imposées à son secteur financier.

La France se prépare à geler davantage d'avoirs russes

De son côté, le gouvernement français se tient prêt à étendre à davantage de personnalités russes les mesures de gel d'avoirs déjà décidées sous l'égide de l'Union européenne, a annoncé lundi le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

"Nous avons (...) identifié toutes les personnalités russes ayant des avoirs en France, qui pourraient être ajoutées à ces sanctions européennes en raison de leur proximité avec le pouvoir russe, et nous nous doterons des moyens juridiques de saisir l'intégralité de ces biens", a affirmé Bruno Le Maire lors d'une brève prise de parole à l'Elysée à l'issue d'un nouveau conseil de défense organisé par la président français, Emmanuel Macron.

Après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'Union européenne a annoncé une batterie de sanctions financières contre la Russie, ses dirigeants et des personnalités proches du Kremlin, notamment un gel de leurs avoirs et l'interdiction du territoire européen.

"A la demande du président (français) de la République, nous poursuivons le recensement complet des avoirs financiers des biens immobiliers, des yachts, des véhicules de luxe, qui appartiendraient à des personnalités russes sous sanctions européennes", a indiqué M. Le Maire.

A ses côtés, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a annoncé que des "mesures" seront prises "dans un délai extrêmement court" contre les "organes de propagande russes" qui mènent des actions de "désinformation" en Europe.

Dimanche, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait annoncé que les médias d'Etat russes Russia Today (RT) et Sputnik allaient être bannis de l'Union européenne afin de les empêcher de diffuser leurs "mensonges" sur la guerre menée par Moscou en Ukraine.

Sur le front économique, Bruno Le Maire a aussi indiqué qu'il recevrait cette semaine les filières françaises pénalisées par le conflit russo-ukrainien et les sanctions prises ou à venir, notamment sur les enjeux liés à l'approvisionnement en composants et métaux critiques, la Russie étant un des principaux fournisseurs de certains de ces métaux (titane, nickel, etc.)