Les métropoles européennes s'inquiètent de la prolifération des "dark stores"

Faute de législation claire, les métropoles européennes s'inquiètent de l'arrivée massive et rapide des acteurs du "quick commerce", la livraison de courses rapide à domicile.

La Libre Eco avec AFP
Les métropoles européennes s'inquiètent de la prolifération des "dark stores"
©Belga Image

Gel des "dark stores" à Amsterdam et Rotterdam, demandes de fermeture à Paris, attitude hostile à Lyon... Faute de législation claire, les métropoles européennes s'inquiètent de l'arrivée massive et rapide des acteurs du "quick commerce", la livraison de courses rapide à domicile.

"C'est peut-être le terme de 'dark store', littéralement magasin obscur, qui effraie ?" Un cadre d'une entreprise du secteur assure ne pas comprendre l'hostilité de principe devant la prolifération de ces lieux, magasins selon eux, entrepôts selon certaines mairies, où les livreurs s'approvisionnent avant d'aller porter leurs courses aux clients.

A Paris, la mairie en a recensé plusieurs dizaines, ouverts en quelques mois par une dizaine d'acteurs comme Getir, Gorillas, Zapp, Flink, Cajoo ou GoPuff.

Aucun d'entre eux n'était actif à Paris avant 2021. Gorillas, Flink ou Cajoo n'ont pas deux ans d'existence.

PSG et Tottenham

Les poches pleines après des levées de fonds, ils se livrent à une course de vitesse à l'échelle mondiale à grand renfort de publicités notamment dans le football: Gorillas est sponsor du Paris Saint-Germain en France, Getir de Tottenham en Angleterre.

Un objectif: devenir l'acteur incontournable, les consommateurs ne gardant souvent qu'une application pour chaque besoin, une de chauffeur privé, une de commande de repas, une de livraison de courses...

"C'est la loi du 'premier arrivé, premier servi'", analyse pour l'AFP Clément Genelot, spécialiste du secteur de la distribution chez Bryan, Garnier & Co. "C'est la raison pour laquelle il faut être extrêmement ambitieux et lever beaucoup d'argent".

Dans cette compétition effrénée, où tous ne survivront pas, la localisation et le nombre de "dark stores" sont cruciaux: plus le maillage est fin, plus le "quick commerçant" pourra livrer ses clients rapidement, assurer de commandes et maximiser ses chances de rentabilité.

Les acteurs s'efforcent de "sécuriser" au plus vite les emplacements clés, d'autant plus facilement que le taux de vacance commerciale a progressé à la suite de l'épidémie de Covid-19.

Mais les "quick commerçants" peuvent-ils louer des locaux commerciaux s'ils n'y accueillent pas de public ?

"Pour transformer un commerce en entrepôt, les acteurs du quick commerce auraient dû demander une autorisation, voire un permis de construire dans certains cas, et ils ne l'ont pas fait, ce qui est une infraction au code de l'urbanisme", a expliqué lundi soir le Premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, à l'AFP.

La mairie de Paris a donc demandé aux différents acteurs du "quick commerce" la fermeture de 45 "dark stores" qui ont été "créés illégalement" dans la capitale, sur 65 contrôlés par ses services.

Certains professionnels avertissent eux qu'une conversion en entrepôts pourrait faciliter l'implantation de logisticiens comme Amazon par exemple. Dans toute l'Europe, les mairies redoutent l'impact sur le commerce physique.

Pour répondre à cette inquiétude et recruter de nouveaux clients, certains vendent sur leur plateforme les produits de commerçants reconnus par le voisinage, un bon boulanger à Paris par exemple. Dans l'absolu, ils pourraient livrer tout un tas de produits, y compris non alimentaires.

Frictions avec le voisinage

L'implantation des "dark stores" ne s'est en outre pas faite sans créer de frictions: à Berlin, pays de Flink et Gorillas, des riverains se sont mobilisés contre l'occupation de l'espace public par les livreurs ou contre la circulation des deux-roues, problèmes amplifiés par l'amplitude horaire de livraison, notamment en soirée.

L'Atelier parisien d'urbanisme pointait en février la péremption rapide des produits, dont la "mise à la benne journalière attire les populations les plus défavorisées". Les supermarchés traditionnels "disposent de circuits dédiés", notamment les banques alimentaires, minimisant ces phénomènes, explique l'Apur.

Pour la mairie écologiste de Lyon, l'enjeu est de société: "Nous ne voulons pas d'une ville-entrepôt, sans vitrines, où chacun reste chez soi, sans convivialité, sans aucun prétexte pour rencontrer l'autre", plaidait mi-décembre Camille Augey, l'adjointe en charge de l'économie durable.

A Paris, l'adjoint écologiste aux mobilités David Belliard regrette que "le gouvernement" français n'ait "pas vraiment souhaité donner un cadre de régulation à ces activités hyper ubérisées".

Certains professionnels demandent eux aussi à ce que des règles claires soient établies pour encadrer les pratiques, mais les échéances électorales ne laissent pas présager de changement de législation en France avant plusieurs mois, laissant la voie libre à la course de vitesse.