Pierre Wunsch (BNB) : "Les entreprises vont absorber la majeure partie du choc"

Pierre Wunsch était l'invité de DH radio ce lundi matin. Il a circonscrit les grands enjeux économiques suite à l'invasion de la guerre en Ukraine. La BNB prédit un taux de croissance du PIB de 2,4 % et un taux d'inflation de 7,4 % cette année.

"Franchement, pour le moment, vu le contexte de guerre que l'on connaît, l'économie belge résiste plutôt bien" , lance Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB), interrogé dans le cadre de la matinale sur DH Radio, dans l'émission de Maxime Binet "Il faut qu'on parle". La flambée des prix a naturellement un impact. D'ores et déjà.

La BNB table désormais sur un taux de croissance de 2,4 % en 2022, là où le Bureau fédéral du Plan tablait sur un taux de 2,5 % la semaine dernière. Avec des hypothèses relativement proches d'un prix du gaz entre 115 et 120 euros le m³ (68 en 2023) et un prix du baril de pétrole oscillant aux alentours des 95-100 dollars le baril (80 en 2023). "L'avenir est incertain. On ne connaît ni l'ampleur ni la durée du choc mais, pour le moment, il y a toujours de la croissance économique. On ne peut naturellement pas exclure des mois compliqués, de croissance négative, mais ce n'est pas pour l'heure le scénario de base" , a expliqué le gouverneur de la BNB. Malgré un taux d'inflation qui, lui, devrait culminer à 7,4 % sur l'ensemble de l'année.

"Ces prochaines semaines, il n'est pas exclu qu'on atteigne la barre des 10 % mais on est proche d'un sommet. Pour plusieurs raisons, parfois techniques, le taux d'inflation devrait diminuer en deuxième partie d'année" . Les projections actuelles ne laissent donc pas entrevoir de spirale salaire-prix de longue durée : la pression inflationniste se réduirait au cours des deux prochaines années. En 2023, l'inflation totale retomberait déjà à un peu plus de 2 %, en prenant l'hypothèse que les prix de l'énergie se calment nettement.

Situation paradoxale du côté des entreprises

Ce taux d'inflation, s'il aide mécaniquement notre dette publique (108-109 % du PIB actuellement), a des effets importants sur le pouvoir d'achat des ménages. D'où la question, légitime : faut-il craindre une crise sociale ? "Des mesures de soutien ont été prises pour les ménages plus fragiles, comme le tarif social ; couplées à l'indexation automatique des salaires, ces mesures ciblent bien ceux qui en ont le plus besoin. C'est d'ailleurs ce qu'avait montré il y a quelques semaines une étude fouillée de la KULeuven. Je dirais donc que le choc est relativement bien pris en charge." Le Bureau du plan, lui, estimait tout de même que les revenus disponibles réels des ménages allaient reculer de 1,36 % cette année.

S'il n'exclut pas que l'on doive continuer à soutenir les plus faibles, le gouverneur de la BNB prévient : "Il n'y a plus de marge budgétaire. Je l'avais dit lors de la crise sanitaire qu'il fallait qu'on puisse reconstituer des marges financières pour faire face à un autre choc. Nous y sommes... Il faudra donc agir de manière très ciblée". Y compris pour les entreprises ? "Ce sont elles qui vont effectivement supporter le gros du choc mais l'année passée, les marges bénéficiaires étaient à un sommet. De manière assez paradoxale, la confiance des entreprises faiblit beaucoup moins pour le moment que celles des ménages, alors qu'il sont un peu mieux protégés. Elles sont plutôt résilientes. Je ne me l'explique pas vraiment, sauf à penser qu'elles se trouvent sur leur lancée de la forte reprise de l'activité économique entamée en fin d'année dernière".


Pas de marge budgétaire

Et le budget alors ? Le gouvernement entame une semaine importante avec l'ajustement du budget 2022. Il y a forcément des dépenses qui n'avaient pas été prévues lors de la conception du budget 2022 à l'automne 2021. Des mesures "énergie" pour plus de 3 milliards ont été prises (coût net de 1,2 milliard) et les dépenses relatives à l'accueil des réfugiés ukrainiens seront importantes. La BNB, comme le Bureau du Plan, table sur un déficit public de 4,4 % en 2022, de 0,3 % supérieur à celui qui était estimé. "Il ne faut pas qu'il reprenne des proportions importantes, sans quoi il y aura un effet sur la dette publique. Certes, l'inflation a un rôle positif sur l'endettement, mais les taux d'intérêt remontent. Le taux à 10 ans est à 1,3 %. Il faut tenir compte de cette évolution aussi" , juge le gouverneur de la BNB.

Du reste, pour l'institution, le déficit devrait reprendre un peu de hauteur dès 2024 (4,5 % du PIB). Enfin, pour l'an prochain, la BNB table désormais sur une croissance de 1,5 %, contre 2,4 % auparavant. En 2024, elle s'attend à une croissance de 1,9 %, légèrement plus vigoureuse que le 1,6 % précédemment estimé.