Première réunion de la taskforce "Ukraine" pour anticiper les pénuries alimentaires en Belgique

Le SPF Economie effectue un monitoring quotidien des prix depuis un mois, en étant en lien notamment avec le Centre de crise pour faire face à une éventuelle pénurie de biens de première nécessité.

La Libre Eco avec Belga

Plusieurs dizaines de fédérations actives de près ou de loin dans l'industrie agro-alimentaire ont pris part ce mardi matin à une première réunion de la taskforce "Ukraine" au SPF Economie à Bruxelles. La guerre en Ukraine entraîne une forte hausse du prix de certaines matières premières, outre l'inflation des prix de l'énergie. "On ne parle pas de pénurie aujourd'hui, mais la taskforce a pour but d'anticiper les conséquences à venir du conflit", explique Pierre-Yves Dermagne, ministre de l'Economie.

Le SPF Economie effectue un monitoring quotidien des prix depuis un mois, en étant en lien notamment avec le Centre de crise pour faire face à une éventuelle pénurie de biens de première nécessité. La taskforce doit permettre d'aller plus loin et d'élaborer notamment des solutions destinées à répondre à la pénurie d'huile de tournesol par exemple. Celle-ci pourrait survenir dans deux semaines pour l'industrie agro-alimentaire. Des alternatives au soja ou à l'arachide peuvent être envisagées, mais l'étiquetage devra alors être modifié, comme l'explique le ministre de l'Agriculture David Clarinval. "Modifier une étiquette, ça prend six mois. La présence d'allergènes doit être clairement mentionnée."

Eva De Bleecker, secrétaire d'Etat à la Protection des consommateurs, a indiqué avant le début de la réunion qu'elle attendait de l'Inspection sociale un peu plus de flexibilité sur les règles en matière d'étiquetage pendant une certaine période. "Il faudra se concentrer sur l'essentiel, tout en veillant à ce que les modifications éventuelles ne mettent pas en danger la santé du consommateur."

Exportation

La problématique des étiquettes pourrait prendre une envergure internationale dans la mesure où bon nombre de sociétés agro-alimentaires belges sont tournées vers l'exportation, pointe le ministre Clarinval.

Des dizaines d'organisations prenaient part à cette première réunion, comme le Boerenbond, la Confédération des Betteraviers, Belgapom (transformation de la pomme de terre), la fédération du commerce (Comeos), la fédération de l'industrie alimentaire belge (Fevia)...

La guerre en Ukraine est clairement liée à cette hausse soudaine des prix de certaines matières premières, mais le ministre Dermagne rappelle que les conditions climatiques défavorables qui ont touché l'Amérique du Nord, autre zone riche en matières premières, rendent la situation encore plus complexe.

Engrais

L'usage d'engrais sera aussi abordé. Les matières premières intervenant dans la confection de ces engrais proviennent en effet d'Ukraine, de Russie et de Biélorussie et les prix des engrais ont grimpé en flèche également en raison de la hausse des prix de l'énergie. Les organisations agricoles comme le Boerenbond appellent donc à recourir autant que faire se peut à des engrais d'origine animale. Là aussi, une dérogation serait la bienvenue autour des directives liées au nitrate, qui relèvent des Régions.

Le prix des denrées alimentaires a grimpé depuis le début de l'année. Sur les deux premiers mois, le pain et les produits céréaliers ont augmenté de 4,5 % sur une base annuelle, les produits laitiers de 3,4 % et les graisses et huiles de plus de 10 %, selon des chiffres fournis par le SPF Economie. "Il n'y a pas de problème de sécurité alimentaire, mais la nourriture va devenir plus chère. Aujourd'hui, les agriculteurs ne voient pas leurs rentrées augmenter alors que tous leurs frais explosent", souligne la présidente du Boerenbond, Sonja De Becker.

La prochaine réunion de la taskforce est prévue début mai. Entre-temps, la situation est suivie de près tous les jours, assure-t-on au cabinet du ministre de l'Economie.