L'inflation devrait dépasser les 12 % dans la zone euro cette année, selon le FMI

Les mois passent et les inquiétudes quant à un ralentissement économique en zone euro en raison de la guerre à ses portes se confirment : le Fonds monétaire international en a évalué mardi le coût à plus d'un point de PIB cette année.

La Libre Eco avec AFP

L'inflation devrait dépasser les 12 % cette année dans la zone euro, expliquent nos confrères français du Monde. En effet, le FMI s'attend désormais à 2,8 % de croissance au sein des pays de la zone euro, un sérieux ralentissement après les 3,9 % anticipés lors de ses précédentes prévisions en janvier et les 4,3 % encore espérés lors de celles d'octobre.

"Les principaux canaux par lesquels la guerre en Ukraine et les sanctions économiques imposées à la Russie affectent l'économie de la zone euro sont la hausse mondiale des prix de l'énergie et la sécurité énergétique", écrit l'institution de Washington dans ses prévisions économiques de printemps publiées mardi, et intitulées "La guerre fait reculer la reprise mondiale".

Le mois dernier, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) avait déjà dressé un constat proche, estimant que la croissance de la zone serait amputée d'environ 1,4 point et que l'inflation y augmenterait de 2,5 points sur un an si les effets de la guerre s'avéraient durables.

"La guerre en Ukraine affecte sévèrement l'économie de la zone euro", avait aussi reconnu jeudi la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, pointant du doigt un recul de la confiance et la persistance des coûts élevés de l'énergie dans la vie quotidienne des ménages et des entreprises.

La BCE a elle aussi revu son optimisme à la baisse le mois dernier, n'anticipant plus que 3,7 % de croissance cette année et une inflation en forte hausse.

Inflation record

Près de deux mois après le début du conflit, la guerre en Ukraine maintient une pression élevée sur les prix : le pétrole demeure au-dessus de 100 dollars par baril après avoir tutoyé ses niveaux historiques en mars, un mois au cours duquel le gaz, le blé, l'aluminium, le nickel et d'autres matières premières ont flambé à des niveaux record, menant l'inflation européenne au niveau inédit de 7,5 %.

Tous les États ne souffriront pas de la même manière face au choc économique de la guerre, prévient toutefois le FMI mardi. Ceux disposant d'"un secteur manufacturier relativement important et d'une plus grande dépendance à l'énergie russe" subiront les effets les plus lourds, Italie et Allemagne en tête, à qui Moscou livre beaucoup de gaz.

Déjà fragilisée par les perturbations des chaînes de production mondiales dans le sillage de la crise sanitaire en 2021, l'Allemagne voit sa prévision de croissance pour 2022 rabaissée à 2,1 % par le FMI, un plongeon de 1,7 point comparé à ses prévisions de janvier. L'Italie est attendue à 2,3 % de croissance, une dégringolade de 1,5 point.

Le FMI prévoit un léger mieux pour l'Allemagne en 2023 avec 2,7 % (+0,2 point), du moins bon pour l'Italie à 1,7 % (-0,5 point) et pour la zone euro dans son ensemble à 2,3 % (-0,2 point).

La France va elle aussi subir l'effet de souffle de la guerre avec un PIB en hausse de 2,9 % cette année, soit 0,6 point de moins que lors des prévisions de janvier, et 1,4 % en 2023 (-0,4 point).

Devant le ralentissement économique mondial généralisé cette année et l'an prochain, l'institution de Washington appelle les États à continuer à soutenir l'activité lorsqu'ils le peuvent.

"Bien que plusieurs États auront besoin de consolider leurs finances publiques, cela ne doit pas empêcher les gouvernements d'offrir une aide ciblée aux réfugiés déplacés par le conflit, aux ménages touchés par la hausse des prix des aliments et de l'essence et à ceux affectés par la pandémie", écrit le nouveau chef économiste du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas.

Le PIB de la Russie devrait se contracter de 8,5%

Le Produit intérieur brut de la Russie, sous le coup de sanctions massives depuis son invasion de l'Ukraine fin février, devrait se contracter de 8,5 % cette année et le PIB ukrainien s'effondrer de 35 %. Cela représente respectivement 11,3 et 38,5 points de pourcentage de moins que lors des précédentes prévisions qui datent de janvier.

Le Fonds monétaire international souligne l'incertitude entourant les projections pour l'Ukraine car "il est impossible d'obtenir des données précises sur les dommages causés à l'économie". Mais compte-tenu des destructions d'infrastructures massives et des millions de personnes déplacées, l'institution prévient que la contraction sera "très sévère".

"Même si la guerre se terminait bientôt, les pertes humaines, la destruction du capital physique et la fuite des citoyens entraveront gravement l'activité économique pour de nombreuses années à venir", ont prévenu les auteurs du rapport.

S'agissant de la Russie, "les sanctions commerciales et financières dont l'exclusion de certaines banques russes du système international de paiement Swift et l'interdiction d'accès des actifs de la banque centrale auront un impact sévère sur l'économie russe", estiment-ils.

Après s'être effondré de 60 %, le rouble est certes revenu à des niveaux proches de ceux d'avant l'invasion. Mais le départ des entreprises étrangères de Russie affecte de nombreuses industries dont l'aéronautique et le transport aérien, la finance, le secteur informatique et l'agriculture. "Par conséquent, les perspectives restent sombres", estime le FMI.

De plus, une perte de confiance des investisseurs entraînera une baisse importante de l'investissement privé et de la consommation, qui ne peut être que "partiellement compensée par les dépenses budgétaires".

La prévision de base prévoit donc une forte contraction en 2022, et une nouvelle baisse d'environ 2,3 % en 2023. Le FMI prévient que l'impact pourrait être plus important si certaines économies, comme l'Allemagne, "se sevraient" de l'énergie russe. L'institution ne fait pas de prévisions pour 2023 pour l'Ukraine compte-tenu du degré d'incertitude.

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