Se passer du gaz et du pétrole russe : la France l'envisage, le Danemark présente un plan

Alors que le gouvernement danois a présenté un plan visant à devenir indépendant du gaz russe, le ministre français de l'Economie appelle à cesser les importations de pétrole russe.

La Libre Eco avec Belga
Bruno Lemaire, ministre français de l'Economie et des Finances (gauche) et Dan Jørgensen, ministre danois du Climat et de l'énergie (droite).
Bruno Lemaire, ministre français de l'Economie et des Finances (gauche) et Dan Jørgensen, ministre danois du Climat et de l'énergie (droite). ©BELGA

Chauffage urbain, pompes à chaleur, biogaz et développement massif de l'éolien et du solaire : le gouvernement danois a présenté mardi un plan visant à devenir indépendant du gaz russe après l'invasion de l'Ukraine. La Première ministre Mette Frederiksen avait fixé début mars un objectif de sortie du gaz russe "le plus vite possible".

Le plan présenté mardi par l'exécutif prévoit notamment que la moitié des 400 000 foyers danois qui se chauffent actuellement au gaz basculeront vers un raccordement au chauffage urbain ou les pompes à chaleur fonctionnant à l'électricité d'ici à 2028.

Pour les foyers restants et l'industrie, le plan prévoit également un développement du biogaz d'origine renouvelable, "qui assurera que nous soyons libres de Poutine", a déclaré le ministre du Climat et de l'énergie Dan Jørgensen lors d'une conférence de presse.

Le gouvernement danois a également dopé son plan de développement des énergies renouvelables, et prévoit désormais un quadruplement des centrales solaires et surtout de l'éolien terrestre, à horizon 2030. Le royaume scandinave est déjà un des grands champions européens de l'éolien, qui lui fournit actuellement environ la moitié de son électricité - le reste étant dominé par la biomasse et le charbon. "Nous voulons développer les énergies renouvelables autant qu'il est possible de le faire de façon intelligente", a assuré Mme Frederiksen.

Le gaz fournit environ 18 % de l'énergie consommée au Danemark chaque année, selon les statistiques officielles. Une grande partie est longtemps venue des gisements du pays en mer du Nord, mais ceux-ci sont en rapide déclin. En 2019, la production nationale n'a permis que de couvrir 72 % du gaz consommé dans le pays, selon l'Agence danoise de l'énergie, avec la Russie parmi les principaux fournisseurs des importations.

La Russie fournit environ 40 à 45 % du gaz importé dans l'Union européenne. Les 27 mettent les bouchées doubles pour sortir du gaz russe, mais cet effort prendra plusieurs années selon les analystes.

Le ministre français de l'Economie appelle à cesser les importations de pétrole russe

Il est "plus que jamais nécessaire" de cesser les importations européennes de pétrole russe, a répété le ministre français de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, après l'annonce par l'Ukraine du lancement d'une nouvelle offensive russe dans le Donbass. "Nous avons toujours dit que nous voulions un embargo sur le charbon, c'est fait, et un embargo sur le pétrole russe", a-t-il fait valoir sur la radio Europe 1.

"Quand vous voyez ce qui se passe dans le Donbass" - une région de l'est de l'Ukraine visée depuis lundi par un nouvel assaut russe selon le président ukrainien Volodymy Zelensky - "plus que jamais, il est nécessaire d'arrêter les importations de pétrole depuis la Russie", a souligné M. Le Maire. "Je suis convaincu que la réalité de la situation en Ukraine fera bouger les lignes. Si on est attachés comme nous à la liberté et à la protection du peuple ukrainien, il faut aller au bout de son raisonnement et ne pas financer la guerre" en achetant du pétrole à la Russie.

En 2021, Moscou a fourni 30 % du brut et 15 % des produits pétroliers achetés par l'UE. Un approvisionnement dont certains pays européens sont particulièrement dépendants. Bruno Le Maire "espère" les convaincre, "dans les semaines qui viennent, qu'il faut arrêter d'importer du pétrole de Russie", a-t-il souligné mardi.

"Quelle est la première source de devises depuis plusieurs années pour le pouvoir de Vladimir Poutine? Ça n'est pas le gaz, c'est le pétrole", a assuré le ministre. "Arrêter l'importation de pétrole de Russie, c'est faire mal au financement de la guerre en Ukraine".

Un éventuel arrêt des importations d'or noir en provenance de Russie pourrait prendre "des mois", ont cependant averti vendredi plusieurs sources européennes.

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