"Injustifié et inacceptable" : La Russie suspend ses livraisons de gaz vers la Bulgarie et la Pologne

Une décision justifiée par le fait que la Bulgarie et la Pologne n'ont pas effectué de paiement en roubles. "Cela montre une fois de plus le manque de fiabilité de la Russie en tant que fournisseur de gaz", a affirmé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Les conditions qui ont été fixées font partie d'une nouvelle méthode de paiement élaborée après des actes inamicaux sans précédent" qui faisaient suite à l'offensive russe en Ukraine, a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
"Les conditions qui ont été fixées font partie d'une nouvelle méthode de paiement élaborée après des actes inamicaux sans précédent" qui faisaient suite à l'offensive russe en Ukraine, a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. ©BELGA
La Libre Eco avec Belga

Le groupe russe Gazprom va suspendre à partir de mercredi ses livraisons de gaz vers la Bulgarie et la Pologne, ont annoncé mardi soir ces deux pays qui disent s'y être préparés.

"Le 26 avril 2022, Gazprom a informé (le gazier polonais) PGNiG de son intention de suspendre complètement les livraisons dans le cadre du contrat Yamal (...) le 27 avril ", a indiqué l'entreprise polonaise dans un communiqué.

"Aujourd'hui (mardi), Bulgargas EAD a reçu la notification que les livraisons de Gazprom Export seront suspendues à partir du 27 avril 2022", a également affirmé un peu plus tard le ministère bulgare de l'Economie, alors que ce pays des Balkans est dépendant à plus de 90 % du gaz russe.

Ces deux membres de l'Otan et de l'Union européenne (UE) se disent toutefois préparés à obtenir le gaz manquant par d'autres sources.

"Il n'y aura pas de pénurie de gaz dans les foyers polonais", a écrit sur Twitter la ministre polonaise du Climat, Anna Moskwa. "Depuis le premier jour de la guerre, nous avons déclaré que nous étions prêts à une indépendance totale vis-à-vis des matières premières russes", a-t-elle ajouté.

"Des actions pour trouver des arrangements alternatifs pour la fourniture de gaz naturel et faire face à la situation" ont été entreprises, a souligné pour sa part le gouvernement bulgare dans un communiqué, assurant ne prévoir "à l'heure actuelle" aucune mesure de restriction de la consommation.

Après l'introduction de sanctions contre la Russie pour son invasion de l'Ukraine, le Kremlin avait averti les pays de l'UE que leur approvisionnement en gaz serait interrompu s'ils ne payaient pas en roubles depuis des comptes russes. Moscou a précisé cependant que le prix du gaz restait libellé dans la devise des contrats en cours, soit le plus souvent en euros ou en dollars, et que les clients devraient effectuer une simple opération de change en Russie.

"La partie bulgare s'est pleinement acquittée de ses obligations et a effectué tous les paiements requis dans le cadre du contrat en temps voulu", a réagi le gouvernement. Et de dénoncer "la nouvelle procédure de paiement en deux étapes proposée par la partie russe". "Elle n'est pas conforme au contrat existant jusqu'à la fin de cette année et présente des risques importants pour la partie bulgare, notamment celui d'effectuer des paiements sans recevoir aucune livraison de gaz de la partie russe", a-t-il ajouté.

L'arrêt de l'approvisionnement "est une violation du contrat Yamal"

Le gazier polonais PGNiG a confirmé "l'arrêt complet de l'approvisionnement en gaz naturel fourni par Gazprom dans le cadre du contrat Yamal". "La situation n'affecte pas les approvisionnements courants des clients de PGNiG qui reçoivent le carburant conformément à leur demande", a indiqué le groupe dans un communiqué.

Selon PGNiG, l'arrêt de l'approvisionnement "est une violation du contrat Yamal" et la société se réservait "le droit de demander des dédommagements".

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a indiqué ce mercredi que son pays ne cédera pas "à ce chantage", grâce à ses réserves en gaz suffisantes. La Pologne "n'aura plus du tout besoin de gaz russe à partir de l'automne", a-t-il déclaré estimant que l'arrêt des livraisons constituait non seulement "une attaque directe" contre la Pologne, mais également une attaque contre "la sécurité énergétique de l'ensemble de l'Europe, la sécurité alimentaire de l'ensemble de l'Europe".

La Bulgarie dénonce un "racket"

Le Premier ministre bulgare a dénoncé mercredi un "chantage inacceptable".

Cette interruption "constitue une grave violation du contrat", a déclaré Kiril Petkov devant la presse. "Nous ne céderons pas à un tel racket. Cet acte unilatéral de chantage est inacceptable."

Le chef du gouvernement a ajouté que la Bulgarie allait "passer désormais en revue l'ensemble de ses contrats avec Gazprom, y compris celui concernant le transit" vers des pays tiers dont la Hongrie.

L'UE s'est "préparée" et élabore "une réponse coordonnée"

L'UE s'était "préparée" à une interruption du gaz russe et prépare "une réponse coordonnée", a déclaré mercredi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"L'annonce de Gazprom est une nouvelle tentative de la Russie de nous faire du chantage au gaz. Nous sommes préparés à ce scénario. Nous élaborons notre réponse européenne coordonnée. Les Européens peuvent être sûrs que nous sommes unis et solidaires avec les États membres touchés", a-t-elle réagi sur Twitter.

"Nous nous sommes efforcés de garantir des livraisons alternatives et les meilleurs niveaux de stockage possibles dans toute l'UE", a expliqué Ursula von der Leyen dans un communiqué.

"Les États membres ont mis en place des plans d'urgence pour un tel scénario et nous avons travaillé avec eux en coordination et avec solidarité", a-t-elle ajouté, en annonçant qu'une réunion du "groupe de coordination pour le gaz" avait lieu "en ce moment même".

La présidente de l'exécutif européen a jugé "injustifié et inacceptable" cet "arrêt unilatéral" des livraisons.

"Cela montre une fois de plus le manque de fiabilité de la Russie en tant que fournisseur de gaz", a-t-elle affirmé.

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