Arrêt des livraisons de gaz russe vers la Bulgarie et la Pologne : quelles conséquences pour l'Europe ?

Le point sur la situation du marché gazier dans le contexte de l'invasion russe en Ukraine.

Arrêt des livraisons de gaz russe vers la Bulgarie et la Pologne : quelles conséquences pour l'Europe ?
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La Libre Eco avec AFP

Le géant gazier russe Gazprom a suspendu mercredi toutes ses livraisons de gaz vers la Bulgarie et la Pologne, faisant planer la menace d'une pénurie en Europe centrale et orientale mais aussi sur l'ensemble du continent européen.

L'AFP fait le point sur la situation du marché gazier dans le contexte de l'invasion russe en Ukraine.

Pourquoi Moscou a-t-il coupé ses livraisons de gaz à des pays européens ?

Après l'introduction de sanctions contre la Russie pour son invasion de l'Ukraine, le Kremlin avait averti les pays de l'UE que leur approvisionnement en gaz serait interrompu s'ils ne payaient pas en roubles.

Moscou a précisé que le prix du gaz restait libellé dans la devise des contrats en cours, soit le plus souvent en euros ou en dollars, mais que les clients devraient désormais effectuer une opération de change en Russie.

"Les conditions qui ont été fixées font partie d'une nouvelle méthode de paiement élaborée après des actes inamicaux sans précédent", a expliqué mercredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Nombre de pays, dont la France, l'Allemagne ou la Pologne, y avaient déjà répondu "niet".

Selon Claudia Kemfert, experte énergie à l'Institut allemand de recherche économique (DIW Berlin), "l'arrêt des livraisons de gaz de la part de la Russie vers la Pologne et la Bulgarie est la nouvelle étape de l'escalade de Poutine pour faire paniquer l'Europe".

Cependant, a-t-elle estimé, "il ne faut pas s'attendre à des difficultés d'approvisionnement pour le moment, car l'Allemagne et l'Europe sont suffisamment approvisionnées en gaz".

Quel est le poids de la Russie sur le marché européen du gaz ?

En 2021, la Russie a fourni 32 % de la demande totale de gaz dans l'Union européenne et au Royaume-Uni, contre 25 % en 2009, selon AIE, mais la situation change beaucoup suivant le pays.

Si la Finlande dépend pour 97,6 % du gaz russe, selon Eurostat (en 2020), les trois pays baltes, la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie, ont annoncé début avril avoir arrêté d'importer du gaz russe, comptant à ce stade sur leurs réserves actuelles de gaz, stockées sous terre.

Frappée par la rupture des livraisons de gaz russe, la Bulgarie en dépend pour environ 85%, autant que la Slovaquie.

L'Allemagne reste dépendante avec une proportion de 55 % mais, selon le ministère allemand de l'Economie et du Climat "la sécurité d'approvisionnement en Allemagne est actuellement garantie".

Quel est le poids de l'Europe dans les revenus gaziers de Moscou ?

Compte tenu des prix actuels du marché, la valeur des exportations de gaz russe vers l'UE s'élève à elle seule à 400 millions de dollars par jour, selon l'Agence internationale de l'Energie (AIE).

Selon le site internet de Gazprom Export, 68 % des exportations gazières du géant russe sont allées en 2020 vers l'Europe.

Pour des exportations totales de 174,9 milliards de m³, 119,35 milliards de m³ sont allés à l'Europe, dont près de 49 milliards de m³ pour la seule Allemagne, près de 21 milliards de m3 pour l'Italie et plus de 13 milliards de m³ pour l'Autriche.

L'AIE soulige de son côté que "les revenus générés par les exportations de gaz et pétrole constituaient en janvier 2022 45 % du budget fédéral de la Russie".

La Pologne se sent "indépendante"

La Pologne, qui utilise jusqu'à 21 mds m³ de gaz par an, se déclare "prête à affronter même la coupure totale" du gaz russe. Selon le chef du gouvernement.

La Pologne, qui produit elle-même environ 4,5 mds m³ de gaz, dispose déjà d'un terminal LNG à capacité actuelle de transfert de 6,5 mds m³ de gaz, qui doit être porté prochainement jusqu'à 8 mds m³.

Selon le gouvernement polonais, les réserves de gaz sont remplies à 76 % et la Pologne dispose d'interconnections gazières avec tous ses voisins. Le pays compte surtout sur le lancement en octobre du gazoduc Baltic Pipe capable de lui acheminer jusqu'à 10 mds m³ de gaz norvégien.

"On se débrouillera même avec ce pistolet braqué sur la tête", a dit mercredi le Premier ministre Mateusz Morawiecki.

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