Inflation, guerre en Ukraine, Covid-19... Les perspectives des entrepreneurs wallons pour 2022 se détériorent

Même si l'activité économique devrait rester positive en 2022, les prévisions ont été revues à la baisse par rapport à fin 2021.

"Les perspectives d'évolution des coûts salariaux représentent à cet égard un enjeu phénoménal dans un contexte d'explosion des coûts de production. Des réponses devront y être apportées au risque de voir la baisse de compétitivité hypothéquer l'avenir", souligne Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l'UWE.
"Les perspectives d'évolution des coûts salariaux représentent à cet égard un enjeu phénoménal dans un contexte d'explosion des coûts de production. Des réponses devront y être apportées au risque de voir la baisse de compétitivité hypothéquer l'avenir", souligne Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l'UWE. ©BELGA
La Libre Eco avec Belga

Les entrepreneuses et entrepreneurs wallons voient leurs perspectives se détériorer pour les six mois à venir, après une année 2021 marquée par un rattrapage économique important, indique mercredi Olivier Pauwels, expert à l'Union wallonne des entreprises (UWE), lors du point conjoncturel de l'organisation patronale.

Deux tiers des quelque 300 entrepreneurs interrogés en mars estiment que la guerre en Ukraine a un impact élevé ou très élevé sur leur entreprise, principalement au niveau des prix de l'énergie. Même si l'activité économique devrait rester positive en 2022, les prévisions ont été revues à la baisse par rapport à fin 2021. La Wallonie devrait ainsi connaître une croissance de 2,3 % alors que la progression à l'échelle nationale est estimée à 2,6 %. "Par rapport aux estimations de fin de l'année passée, on perd 1, voire 1,5 point" de pourcentage, explique Olivier Pauwels.

Cette perte de vitesse multifactorielle est principalement liée aux crises mondiales actuelles que sont la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine. La hausse du coût des matières premières causée par la première a été aggravée par la seconde, qui a également provoqué une flambée des prix de l'énergie. Ces deux facteurs font pression sur les coûts de production des entreprises qui doivent aussi faire face à une augmentation des coûts salariaux.

Inflation et perte de confiance

À cela s'ajoute une inflation galopante qui s'établissait à 8,3 % en mars en Belgique. "C'est un niveau jamais atteint depuis 1983, c'est-à-dire en près de 40 ans", commente Olivier Pauwels. "Cette inflation fait chuter la confiance des consommateurs et donc leur tendance à la consommation et à l'investissement. En mars, cette confiance a atteint des niveaux similaires à ceux de début 2020, en pleine crise du Covid."

La confiance baisse également du côté de l'industrie et particulièrement en Belgique, fortement exposée en raison de sa petite taille et de l'ouverture de son économie. Le patronat wallon pointe aussi du doigt l'indexation automatique des salaires. Tout cela engendre une chute des investissements des entreprises qui ont ralenti au cours des six derniers mois et pour lesquels les perspectives, bien que toujours positives, restent limitées.

Les exportations font aussi les frais de cette perte de confiance puisque, après avoir augmenté durant les six derniers mois, les entrepreneurs wallons s'attendent à une baisse significative de leurs exportations notamment en raison du contexte international défavorable.

En ce qui concerne l'emploi, les perspectives sont plus encourageantes. Celui-ci devrait continuer à progresser en Wallonie à court terme, selon les entrepreneurs wallons interrogés. Cela est notamment lié à une crise de l'offre confrontée à une demande toujours soutenue et au fait que de nombreux postes sont non pourvus depuis longtemps. L'UWE estime en effet que 29 000 emplois sont toujours vacants dans les métiers en pénurie.

L'ensemble de ces facteurs pose la question de la compétitivité des entreprises wallonnes, estime l'UWE. Celle-ci considère que chacun des agents économiques devra assumer sa part, que ce soient les entreprises, les consommateurs ou l'État. "Les perspectives d'évolution des coûts salariaux représentent à cet égard un enjeu phénoménal dans un contexte d'explosion des coûts de production. Des réponses devront y être apportées au risque de voir la baisse de compétitivité hypothéquer l'avenir", souligne Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l'UWE. "Il est également important que la Wallonie fasse aboutir son plan de relance en concentrant ses efforts sur les priorités de celui-ci. Un rééquilibrage des finances publiques régionales est également nécessaire."

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