"L'idée de cet embargo n'est pas de pénaliser le consommateur"

L'embargo sur le pétrole russe va-t-il aggraver l'inflation énergétique ? Pour Bertrand Candelon, Professeur de finance à l'UCLouvain, les consommateurs ne doivent pas paniquer.

CdC
"Si les prix explosent de nouveau, les autorités publiques vont protéger les consommateurs ou les entreprises et essayer qu'ils s'en sortent le mieux possible."
"Si les prix explosent de nouveau, les autorités publiques vont protéger les consommateurs ou les entreprises et essayer qu'ils s'en sortent le mieux possible." ©Shutterstock

La Commission européenne a proposé ce mercredi de mettre en place un embargo progressif sur le pétrole russe. Quelles en sont les conséquences sur les portefeuilles des Belges ?

Pour tenter d'y voir plus clair, La Libre Eco a posé quatre questions à Bertrand Candelon, Professeur de finance à l'UCLouvain et directeur de la recherche Louvain-Finance.

Doit-on s'attendre à une nouvelle flambée des prix ?

C'est clair que c'est un nouveau pas en avant vers une diminution de l'offre et donc, une augmentation des prix. Ça va entraîner de la tension sur les marchés.

Pourquoi avoir pris cette mesure si elle a des répercussions négatives sur le marché ?

C'est dans l'air depuis un certain temps. J'ose espérer que si la Commission européenne a proposé un embargo progressif jusque décembre, c'est qu'il existe des alternatives et que des négociations sont en cours avec d'autres pays producteurs de manière à pouvoir substituer le pétrole russe. Je pense aussi que les marchés ont déjà anticipé cette sanction.

Peut-on donc vivre sans le pétrole russe ?

C'est possible. Les Etats se préparaient à cet embargo. Il y a des études qui ont calculé les effets d'un embargo complet sur le gaz et le pétrole russe et qui démontrent que l'effet sur l'activité est certes négatif, mais assez faible. Et puis, cela varie d'un pays à un autre : l'Allemagne sera plus touchée que la France ou la Belgique, par exemple. Regardez la Pologne et la Bulgarie : depuis une semaine, ils n'ont plus de gaz et de pétrole russe. Ils ont l'air de s'en sortir.

>> Lire aussi : La Belgique va exporter plus de gaz vers l'Allemagne

Les consommateurs belges ont-ils raison d'avoir peur ?

Il ne faut pas paniquer, ce n'est jamais bon de paniquer. Il va y avoir des mesures pour permettre de lisser les prix, comme les achats groupés au niveau européen. Si les prix explosent de nouveau, les autorités publiques vont protéger les consommateurs ou les entreprises et essayer qu'ils s'en sortent le mieux possible. L'idée de cet embargo n'est pas de pénaliser le consommateur. Essayons d'être optimistes et espérons que ça se termine bien en Ukraine et que d'autres sources d'approvisionnement soient trouvées. Et puis, pour l'instant, on arrive en été, on n'est pas dans une période de forte demande en chauffage. Il faudra se poser la question en automne et en hiver pour voir où on est.

>> Lire aussi : Pourquoi la Belgique ne craint pas de pénurie même avec un embargo sur le pétrole russe

Sur le même sujet