Pierre-Frédéric Nyst, président de l'UCM: "Nous devons attendre avant de revoir le mécanisme d'indexation automatique des salaires"

Ce matin dans Il faut qu'on parle sur DH Radio, Maxime Binet recevait Pierre-Frédéric Nyst, le président de l'UCM, pour faire le point, notamment, sur le pouvoir d'achat des Belges.

Ad.R.

En cette période d'inflation record (8,3%), le mécanisme d'indexation automatique des salaires, qui existe depuis plus de 100 ans en Belgique, fait débat. Faut-il abandonner ce système ou bien le renforcer? Selon Pierre-Frédéric Nyst, président de l'Union des Classes Moyennes (UCM), la question est plus complexe qu'un simple maintien ou une suppression. "Je pense qu'on doit mettre l'indexation automatique des salaires, système qui existe aussi notamment au Luxembourg mais reste très marginal, en rapport avec la loi de 96 sur la compétitivité des entreprises. C'est un équilibre des deux", a-t-il affirmé.

Car si les salaires augmentent à cause de l'inflation, ce qui est bénéfique pour les employés, ça a une conséquence sur les indépendants, les entreprises et les petites et moyennes entreprises. "C'est un coût, cette indexation", a repris le président de l'UCM, "Les syndicats disent toujours que c'est un 'rattrapage', c'est pour sauvegarder le pouvoir d'achat des travailleurs et le remonter un peu, donc c'est 'naturel' disent-ils. Mais je rappelle que, si c'est un effet de rattrapage et pas un vrai revenu, c'est un véritable coût pour les employeurs. Ça coûte énormément d'argent". Concrètement, "dans une PME namuroise, avec 47 personnes, l'indexation automatique en cette période-ci, c'est un équivalent temps plein supplémentaire sans rien faire", a-t-il donné en guise d'exemple. "C'est la réalité dans nos PME".

Faut-il revoir l'indexation automatiques des salaires?

Pierre-Frédéric Nyst juge-t-il, dès lors, qu'il faut supprimer, ou du moins modifier ce mécanisme d'indexation? "Nous sommes pour une discussion autour de cet élément là, mais il faut être très précis. Il faut peut-être éviter de toucher à tout et de tout remettre sur la table. Je pense qu'aujourd'hui, nous devons attendre un peu, car l'inflation est dans un pic, elle risque de diminuer, on l'espère". Mais selon lui, il faudra revoir ce système: "Dans les périodes où ça fonctionne bien, où il n'y a pas de choc, c'est intéressant. Par contre, en période de crise, la machine est un peu secouée, c'est un peu compliqué. Et pour nous, ce sont des coûts supplémentaires et c'est difficile à avaler".

De leur côté, les syndicats veulent revoir cette loi de 1996 et vont d'ailleurs être auditionnés dans les prochaines semaines à la chambre des représentants. Pierre-Frédéric Nyst espère lui aussi être invité à prendre part aux discussions: "Je pense qu'on doit pouvoir nourrir le débat de toutes les façons". Il a ensuite éclairci son point de vue sur la révision de cette législation: "Que les choses soient claires: en l'état actuel des choses, nous ne sommes pas pour une modification, car il y a cet équilibre entre la loi de 1996 et l'indexation des salaires. Si on touche à l'indexation automatique des salaires, et je reconnais que j'ai beaucoup d'employeurs affiliés à l'UCM qui me disent qu'il faut y toucher, on va ouvrir le débat sur la loi de 1996. Et dans l'état actuel des choses, il y a un équilibre entre les deux, et c'est pour ça que nous ne demandons pas de révision".

Une contribution de crise des grandes entreprises?

Pierre-Frédéric Nyst a également abordé les coûts supplémentaires causés par la montée des prix de l'énergie, et a affirmé que les PME n'avaient jusqu'ici "pas vraiment" été aidées par le gouvernement, "mais on y travaille", a-t-il ajouté. À côté des difficultés de ces petites et moyennes entreprises, les grandes entreprises, celles du Bel 20 ont, elles, réalisé des surprofits l'année dernière. Un constat difficile à avaler pour le président de l'UCM, mais qui comprend qu'"en période de crise, il faut mettre les projecteurs sur ceux qui ont les épaules les plus larges et ce sont ces grandes entreprises du Bel 20".

Faudrait-il alors demander une "contribution de crise" à ces grosses sociétés? La réponse de Pierre-Frédéric Nyst semble claire: "Si on part du principe qu’il faut faire quelque chose, que nous sommes en période de crise, qu’il faut trouver des alternatives et que les pouvoirs publics sont un peu exsangues dans l’état actuel des choses, et qu’à côté, il y a des grandes entreprises qui ont engrangé des résultats plus qu’extraordinaires… Ce n’est pas très compliqué de savoir où il faut aller chercher l’argent".

En fin d'interview, l'invité de Maxime Binet a adressé un carton rouge aux syndicats. S'il est d'accord sur le constat dressé par ces derniers, à savoir qu'il y a un problème de pouvoir d'achat, il ne soutient pas leur raisonnement. "Là où ça ne va pas, c’est de dire ‘Nous avons cette difficulté, et à côté de ça, il y a les entreprises du Bel 20, les rémunérations des CEO du Bel 20, et donc toutes les entreprises doivent participer à l’effort du coût salarial’. C’est un raisonnement un peu automatique, et biaisé. On oublie qu’il y a les PME", a-t-il expliqué.

Son carton vert a été au gouvernement fédéral, pour la prolongation de la mesure de droit passerelle et celle du chômage temporaire.

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