L'invasion de l'Ukraine, une agression "infondée et injustifiable" qui, après le Covid, maintient l'économie mondiale sous l'eau

L'OCDE a dû revoir ses perspectives de croissance mondiale à la baisse.

A. Msc.

"L'invasion de l'Ukraine par la Russie a immédiatement ralenti la reprise qui s'était amorcée après la pandémie de Covid-19 et a placé l'économie mondiale sur une trajectoire de recul de la croissance et de montée de l'inflation", annonçait mercredi, en guise d'évidence d'introduction, l'Organisation de Coopération et de Développement (OCDE), qui en a profité pour partager ses perspectives.

Les projections les plus récentes "font état d'une nette décélération de la croissance mondiale qui refluera à 3 % environ cette année et à 2,8 % en 2023", bien en deçà des projections précédentes publiées en décembre, qui tablaient sur une croissance de 4,5 % en 2022.

Évidemment, l'Europe est le continent le plus touché et certains pays sont particulièrement concernés, de par leur dépendance énergétique et leur exposition à l'afflux de réfugiés. L'organisation s'attend également à une inflation record dans certains pays, "à des niveaux jamais vus depuis les années 1970".

Néanmoins, la hausse des taux d’intérêt devrait avoir des effets perceptibles en 2023 et modérer les tensions sur les coûts, mentionne-t-elle.

"Partout dans le monde, les pays subissent le renchérissement des matières premières qui s'ajoute aux tensions inflationnistes", commente pour sa part Mathias Cormann, le secrétaire général de l'OCDE, alors qu'il qualifie par la même occasion l'invasion de l'Ukraine d'agression "infondée et injustifiable", qui détériore la situation économique mondiale.

Manque de visibilité, même à court terme

Si la pandémie a déversé son lot d'incertitudes, la guerre en rajoute aussi. "Nous ne savons ni combien de temps la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine va encore durer, ni dans quelle mesure ce conflit peut encore empirer ", ajoute l'OCDE, qui s'inquiète de la situation pour les économies émergentes au niveau énergétique et alimentaire mais également d'éventuelles sorties de capitaux que pourrait provoquer la hausse des taux dans les économies plus avancées.

"De plus, la pandémie n'est pas terminée – des variants plus agressifs peuvent apparaître et la politique zéro Covid menée par la Chine va sans doute continuer de perturber les approvisionnements", précise encore l'OCDE.

Changement de politique monétaire

"Les choix que feront les décideurs et les citoyens seront essentiels pour déterminer quel sera ce prix et comment ce fardeau sera partagé. En aucun cas, la famine ne devrait être le prix que le monde devrait avoir à payer ", commente pour sa part Laurence Boone, cheffe économiste de l'OCDE, qualifiant les perspectives de " peu réjouissantes ".

L'OCDE estime également que dans les économies où la croissance et l'emploi sont tout de même solides, "le niveau d'inflation ne justifie plus une orientation accommodante de la politique monétaire. Plus l'inflation s'est généralisée et enracinée, plus l'arrêt de cette politique devrait être rapide ".

Enfin, l’OCDE pointe évidemment l’indispensable sécurité énergétique, les besoins de transition vers des énergies vertes mais également la sécurisation de l’approvisionnement en métaux indispensables pour y arriver. Le défi est de taille.