L'inflation et l'énergie ou le coronavirus : quelle crise a coûté le plus cher aux Belges?

Le "trou" dans les finances des pouvoirs locaux se chiffre à 195 millions d'euros en Wallonie et 90 millions à Bruxelles.

La Libre Eco avec Belga
La charge de la dette va s'alourdir, en raison de la hausse des taux d'intérêt.
La charge de la dette va s'alourdir, en raison de la hausse des taux d'intérêt. ©Shutterstock

La hausse brutale des coûts énergétiques et l'inflation auront des conséquences encore plus importantes sur les finances des pouvoirs locaux que la crise du coronavirus, ressort-il d'une étude de la banque Belfius présentée vendredi. Le "trou" se chiffre à 195 millions d'euros en Wallonie et 90 millions à Bruxelles.

Les frais de personnel représentent le poste de dépense le plus important pour les communes (42 % du budget des communes wallonnes et bruxelloises). La hausse de l'inflation va engendrer plusieurs dépassements de l'indice pivot en 2022, et donc une hausse des salaires qui sont indexés automatiquement. En Wallonie, compte tenu des différents indices pivots, le surcoût sera de 85 millions d'euros, pour 45 millions à Bruxelles, d'après les calculs de Belfius.

Viennent ensuite les charges de fonctionnement (16 % des dépenses), dont un tiers est très sensible aux coûts énergétiques (bâtiments, véhicules, voirie...). L'impact est cependant moins direct que l'inflation sur les salaires. La hausse des coûts énergétiques peut en effet être lissée par des contrats à tarif fixe, par la performance énergétique des bâtiments, etc., comme l'a expliqué Arnaud Dessoy, spécialiste des finances locales chez Belfius.

Hausse de 50 % des dépenses énergétiques

Au moment d'élaborer les budgets initiaux pour 2022 (fin de l'an dernier), les communes wallonnes avaient tablé dans leurs budgets sur une hausse de 10 % des dépenses énergétiques, tandis que Bruxelles misait étonnamment sur une... baisse de 7 %. La hausse sera finalement de 50 %, ce qui portera le surcoût à 65 millions d'euros pour les communes wallonnes, et 12,5 millions pour les bruxelloises, estime Belfius.

Les dépenses de transfert (plus de 30 % des dépenses), vers la police ou les CPAS par exemple, vont aussi considérablement augmenter en lien avec la hausse des salaires et l'augmentation du nombre de demandes d'aide sociale depuis la crise du coronavirus. Le surcoût atteindra 75 millions d'euros pour les communes du sud du pays, 35 millions à Bruxelles.

Enfin, la charge de la dette va s'alourdir, en raison de la hausse des taux d'intérêt. La Banque centrale européenne a en effet annoncé jeudi vouloir relever ses taux directeurs dès juillet. L'impact sur les finances publiques locales sera toutefois plus lent.

Au nord du pays, la situation est fort similaire, à cela près que les réserves des communes sont bien supérieures. "Les communes flamandes subissent le choc de la même manière, mais elles ne sont pas inquiètes", a commenté l'économiste en cheffe de Belfius Véronique Goossens. Le coût des pensions est aussi plus élevé en Wallonie qu'en Flandre.

Du côté des communes

Et qu'en est-il des recettes des communes? Le précompte immobilier, les taxes locales ou les taxes additionnelles à l'impôt des personnes physiques vont augmenter, mais avec un décalage temporel pour les finances locales, puisque les recettes relatives à cette année fiscale ne seront perçues que l'an prochain voire après. Les communes ont aussi la possibilité d'augmenter leurs recettes propres (concessions de parking, par exemple), même si celles-ci ne représentent que 8% des revenus totaux.

"Le choc sera peut-être plus brutal en Wallonie et à Bruxelles qu'en Flandre en 2022. Mais dans la durée, il y aura des effets favorables sur les recettes dès 2023", explique Arnaud Dessoy. Il donne l'exemple de la dotation des Régions aux communes, qui est ajustée conformément à l'inflation en Wallonie et à Bruxelles, tandis que la hausse est plafonnée à 3% en Flandre. Le Bureau du Plan prévoit une inflation de 7,8% en Belgique en 2022.

"Les Régions wallonnes et bruxelloises auraient intérêt à faire preuve de souplesse quant au respect des budgets 2022, comme ce fut le cas pour la crise sanitaire", a commenté Arnaud Dessoy. "Le choc se résoudra en partie de lui-même dans les années suivantes."

En Flandre, le budget des communes est élaboré pour plusieurs années, ce qui donne un système plus flexible pour les pouvoirs locaux dans le cas d'un choc comme celui-ci, a également expliqué Anne-Leen Erauw.

"Les pouvoirs locaux ont un rôle majeur dans le soutien à l'économie", a souligné l'économiste en cheffe de Belfius Véronique Goossens en début de présentation. L'impact de la situation actuelle sur la capacité d'investissement des communes est donc déterminant. Malgré la volonté affichée par celles-ci de répondre aux besoins environnementaux et sociaux notamment, Belfius craint que certains projets d'investissements soient révisés, au vu de l'incertitude qui règne dans de nombreux domaines.