"La mesure ultime dans l'artillerie lourde" : le Kremlin cherche à brider un rouble au plus fort

Le gouvernement russe est sous pression pour agir car le rouble fort mine les exportateurs et les revenus du budget de Moscou.

La Libre Eco avec AFP
Le dollar valait plus de 80 roubles avant le début de l'intervention militaire en Ukraine fin février, il n'en vaut désormais plus que 52.
Le dollar valait plus de 80 roubles avant le début de l'intervention militaire en Ukraine fin février, il n'en vaut désormais plus que 52. ©Shutterstock

La Russie est prête à "sacrifier" une partie de son budget pour intervenir sur le marché des changes et affaiblir sa monnaie, le rouble, au plus haut depuis 2015, a déclaré mercredi son ministre des Finances.

Le dollar valait plus de 80 roubles avant le début de l'intervention militaire en Ukraine fin février, il n'en vaut désormais plus que 52. Mercredi matin, le billet vert s'est même négocié à moins de 51 roubles, du jamais-vu depuis le printemps 2015.

Face à cette situation qui s'explique par des mesures prises par Moscou pour protéger son économie des sanctions mais aussi par la chute des importations, le gouvernement est sous pression pour agir car le rouble fort mine les exportateurs et les revenus du budget russe.

"Le cours (du rouble) est d'une importance capitale pour les exportateurs. Donc nous, au gouvernement, avons accepté d'étudier la semaine prochaine des propositions le concernant", a déclaré le ministre des Finances Anton Silouanov, lors d'un forum avec des représentants du monde des affaires. Il a indiqué que le gouvernement était "prêt à sacrifier une partie" du budget en utilisant "les revenus excédentaires tirés du pétrole et du gaz pour intervenir sur le marché des changes" et brider le rouble.

"La mesure ultime"

Concrètement, il s'agirait d'acheter des devises de pays jugés "amicaux" - qui n'ont pas sanctionné Moscou après son offensive en Ukraine - pour affaiblir le rouble face aux monnaies étrangères, y compris le dollar et l'euro.

"Je vois cela comme la mesure ultime dans l'artillerie lourde", a ajouté M. Silouanov, soulignant qu'aucune décision finale n'avait encore été prise.

Signe qu'une telle mesure ne fait pas l'unanimité, le ministre du Développement économique, Maxime Rechetnikov, a ouvertement critiqué mercredi le plan de son collègue.

"Nous ne voyons pas cette proposition comme une solution à la situation actuelle", a-t-il déclaré, estimant que les coupes budgétaires envisagées pour intervenir sur le marché des changes ne seraient pas suffisantes pour inverser la donne et risquaient même d'"aggraver la situation".

La force actuelle du rouble s'explique par des mesures de contrôle de capitaux mises en place par les autorités russes dans la foulée de l'intervention en Ukraine.

Ces mesures ont été assouplies ces dernières semaines, mais le rouble a continué son inexorable ascension, car sous l'effet des sanctions la Russie importe très peu et donc les acteurs économiques russes n'achètent plus de dollars ou d'euros pour s'approvisionner à l'étranger.