Le pétrole perd 5%, emporté par les craintes de récession

Une récession dans les pays consommateurs de brut pourrait détruire la demande.

La Libre Eco avec AFP
Le pétrole perd 5%, emporté par les craintes de récession
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Les deux références du pétrole dévissaient mardi de plus de 5%, les craintes d'une récession dans les pays consommateurs de brut qui pourraient détruire la demande l'emportant sur les inquiétudes quant aux perturbations de l'offre, emportant également les métaux de base.

Vers 16H10 GMT (18H10 à Paris), le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, dégringolait de 9,05% à 103,23 dollars, après avoir dévissé de près de 10%. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain, pour livraison en août, chutait quant à lui de 8,48% à 99,24 dollars, glissant sous les 100 dollars le baril.

Le marché pétrolier "se détourne de l'inflation" et se dirige vers le "désespoir économique", affirme Stephen Innes, analyste chez Spi Asset Management. Les craintes de récession mondiale ont pris le pas sur "les problèmes d'approvisionnement les plus évidents" qui sont désormais "relégués au second plan", affirme-t-il.

Ainsi, les cours du pétrole sont en baisse alors que la Norvège pourrait devoir réduire de près de 60 % ses exportations de gaz et de plus de 340 000 barils de brut ce week-end en raison d'une grève pour les salaires, a prévenu le patronat du secteur pétrolier.

Des "indices PMI soulignent les risques de récession dans la zone euro", fait valoir Neil Wilson, analyste chez Markets.com, pour qui "la récession semble inévitable".

"Les craintes de récession réduisent les perspectives de la demande de pétrole et font baisser les prix", explique à l'AFP Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote.

Le WTI américain a glissé sous la barre symbolique des 100 dollars le baril, une première depuis près de deux mois.

Le pétrole ayant franchi cet important "seuil psychologique", l'analyste évoque la possibilité d'une baisse des cours jusqu'à un prochain niveau fatidique, celui des 85 dollars le baril.

Dans un scénario de récession, les analystes de Citi évoquent même des prix du pétrole qui tomberaient à 65 dollars le baril d'ici à la fin de l'année, puis à 45 dollars en l'absence d'intervention de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep+).

"Une tâche laborieuse"

La croissance de l'activité économique en zone euro a fortement ralenti en juin dans le secteur privé, au plus bas depuis 16 mois, selon l'indice PMI composite final publié mardi par S&P Global.

"Les signaux contradictoires actuels donnés par la demande (baissière) et l'offre (haussière) de l'équation pétrolière font de la prévision des prix du pétrole une tâche laborieuse", commente Tamas Varga, analyste chez PVM Energy. "Il est impossible de prévoir quand l'attention se déplacera irrévocablement de l'offre vers la demande", explique-t-il.

Les craintes d'une récession mondiale continuent également de prédominer sur les marchés des métaux industriels, notamment le cuivre.

Fortement utilisé dans l'industrie, notamment pour la confection de circuits électriques, le cuivre est connu pour refléter l'état de santé de l'économie mondiale, d'où son surnom de Docteur Cuivre (Dr Copper).

Le métal rouge est ainsi très sensible à un potentiel ralentissement de l'activité économique mondiale, servant de baromètre de l'économie.

Pour la première fois depuis 17 mois, le cuivre s'échangeait sous la barre des 8 000 dollars la tonne, dévissant de 20 % depuis le début de l'année. Mardi, il touchait les 7 627,00 dollars la tonne.

"La fermeté du dollar américain et la faiblesse des données économiques américaines ont vraisemblablement été les principaux facteurs qui ont pesé sur son prix", commente Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank.

Le LME Index, un indice qui intègre les prix de l'aluminium, du cuivre, du plomb, du nickel, de l'étain et du zinc échangés sur la bourse des métaux de Londres, affichait 3 822,6 points lundi, perdant plus de 15 % depuis le début de l'année.