Départ annoncé de Boris Johnson : une bonne nouvelle pour l'économie britannique ?

La perspective d'une démission du Premier ministre britannique profitait à la livre dans un marché soulagé de ne pas voir la crise politique se gangrener. Par ailleurs, un rapport prévient que la dette britannique est "sur une trajectoire insoutenable".

La Libre Eco avec Belga et AFP
Depuis le vote du Brexit en juin 2016, la livre reste en baisse de 20% face au dollar et en repli de 10% face à l'euro.
Depuis le vote du Brexit en juin 2016, la livre reste en baisse de 20% face au dollar et en repli de 10% face à l'euro. ©BELGA

Loin d'être désarçonnée par une énième crise politique à Westminster, la devise britannique prenait 0,63 % à 1,2002 dollar vers 10H50 GMT. Face à l'euro, elle a même atteint un sommet en un mois, à 84,96 pence. La Bourse de Londres suivait la même tendance jeudi, alors que le FTSE 100, son principal indice, était en hausse de 1,27 % à 7 197,92 points peu après 10H50 GMT.

Alors que les démissions se multiplient au sein de son gouvernement, Boris Johnson va s'adresser au pays et devrait, selon la BBC, présenter sa démission de chef du parti conservateur.

Par le passé, les déboires des dirigeants britanniques ont pu peser sur la livre, mais cette fois-ci, "la réaction plutôt positive suggère que les marchés sont soulagés de voir la situation évoluer rapidement plutôt que de voir l'instabilité politique s'installer", a commenté Fawad Razaqzada, analyste chez City Index.

En quittant volontairement son poste, Boris Johnson "évite la possibilité d'un départ non volontaire, long et douloureux", abonde Matthew Ryan, analyste chez Ebury.

Pourtant, les perspectives de la livre, qui avait atteint mercredi son plus bas niveau depuis 2020 face au dollar, ne rendent pas les analystes particulièrement enthousiastes. "Il y a une multitude de problèmes à l'agenda du prochain Premier ministre", constate Susannah Streeter, analyste chez Hargreaves Lansdown, qui évoque la crise du coût de la vie et les négociations sur l'accord nord-irlandais post-Brexit avec l'UE.

Depuis le vote du Brexit en juin 2016, la livre reste en baisse de 20 % face au dollar et en repli de 10 % face à l'euro.

"Une trajectoire insoutenable"

La dette publique britannique, qui a atteint des sommets avec les dépenses liées à la pandémie, est "sur une trajectoire insoutenable" sans hausse d'impôts ou réduction des dépenses, prévient jeudi l'organisme public de prévision budgétaire OBR. Les deux dernières décennies ont vu "une crise financière, une crise sanitaire et une crise énergétique mondiale déclenchée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie", qui pèsent sur les finances publiques, énumère l'OBR (Office for Budget Responsibility) dans un rapport.

Au beau milieu d'une crise politique qui pourrait voir le Premier ministre Boris Johnson présenter jeudi sa démission à la tête du parti conservateur, "tout cela ajoute à une perspective difficile pour ce gouvernement et les prochains", ajoute dans un communiqué cet institut en charge des prévisions budgétaires pour l'exécutif.

La dette publique avait atteint en mai dernier 95,8 % du PIB, son plus haut niveau depuis 1963, à 2 363,2 milliards de livres, selon les derniers chiffres officiels. L'emprunt public baisse moins vite que prévu, pénalisé par l'inflation qui fait s'envoler les intérêts de la dette.

"Nos projections à long terme montrent que la dette dépassera 100 % du PIB" d'ici 30 ans et atteindra même "267 % du PIB dans 50 ans" au vu de la trajectoire actuelle, prévoit l'OBR. Et ce pourrait être bien davantage si les tensions géopolitiques continuent d'augmenter ou si les prix de l'énergie devaient continuer à monter.

Parmi les autres facteurs pesant sur les finances publiques, l'OBR cite "l'incertitude créée par la décision du Royaume-Uni de quitter l'UE" et, pour les décennies à venir, "les défis économiques et fiscaux peut-être encore plus grands liés à la lutte contre le changement climatique et les coûts du vieillissement" de la population.

Pour ramener la dette à 75 % du PIB, son niveau d'avant l'impact de la pandémie, "il faudrait une augmentation des impôts, une baisse des dépenses, ou une combinaison des deux, à hauteur de 1,5 % du PIB au début de chaque décennie au cours des 50 prochaines années", correspondant à 37 milliards de livres par an en termes actuels, estime l'OBR.