Inflation, baisses d'impôts, dette insoutenable... Le successeur de Johnson devra prendre des "décisions budgétaires majeures"

Inflation au plus haut en 40 ans, crise du coût de la vie et risques de récession: le successeur de Boris Johnson fera face à d'énormes défis économiques, qu'il devra concilier avec les appels à baisser les impôts venant des rangs conservateurs.

La Libre Eco avec AFP
Le futur Premier ministre devra apporter un soutien efficace aux Britanniques les plus modestes.
Le futur Premier ministre devra apporter un soutien efficace aux Britanniques les plus modestes. ©BELGA

Le remplaçant du Premier ministre britannique démissionnaire "devra probablement montrer une certaine intention de réduire les impôts pour être élu par les membres du Parti conservateur", relève ainsi Kieran Tompkins, de Capital Economics.

Et face à la hausse des prix, qui pourrait dépasser 11% d'ici la fin de l'année et met le budget des ménages sous pression, le futur Premier ministre devra aussi "apporter un soutien efficace" aux Britanniques les plus modestes, ajoute Sarah Coles, analyste chez Hargreaves Lansdown, "sous peine d'être sanctionné dans les urnes". Les prochaines élections législatives sont prévues d'ici janvier 2025 au plus tard.

L'inflation alimente aussi la grogne sociale: le pays a connu fin juin la plus grosse grève du rail en 30 ans et les appels à débrayer pour les salaires se multiplient dans tous les secteurs.

L'ancien ministre des Finances Rishi Sunak avait fait du retour à l'équilibre budgétaire son cheval de bataille après les milliards dépensés pendant la pandémie de Covid-19. Il était régulièrement accusé d'en faire trop peu pour aider les Britanniques.

Il a aussi mis en oeuvre une hausse des prélèvements sociaux, et une augmentation de l'impôt sur les sociétés est prévue l'an prochain, ce qui fait grincer des dents dans un parti conservateur traditionnellement acquis à des impôts bas.

En démissionnant avec fracas mardi, Rishi Sunak avait taclé l'approche "fondamentalement trop différente" d'un Boris Johnson qui aurait bien voulu un peu plus de souplesse dans les cordons de la bourse.

M. Johnson a assuré jeudi en fin de journée, après sa propre démission, qu'il laisserait à son successeur les "décisions budgétaires majeures".

Mais les économistes préviennent déjà: des réductions d'impôts pourraient stimuler la demande, et donc l'économie, mais au risque de faire s'emballer encore davantage les prix, et pourraient avoir au final l'effet inverse.

Dette insoutenable

Car les entreprises du pays ont déjà du mal à répondre à la demande, à cause d'énormes difficultés héritées du Covid mais aussi du Brexit et de la guerre en Ukraine: chaînes d'approvisionnement perturbées, pénuries de personnel et hausse du coût de l'énergie.

"Des réductions d'impôts n'aideront pas et pourraient aggraver (ces phénomènes), alimentant l'inflation et obligeant la Banque d'Angleterre à augmenter ses taux d'intérêts plus vite et plus fort" pour tenter d'endiguer la spirale des prix, selon Russ Mould, analyste chez AJ Bell.

Sans compter les risques de creuser encore la dette publique, qui s'est envolée avec la pandémie et se trouve désormais "sur une trajectoire insoutenable", sans hausse d'impôts ou réduction des dépenses, a prévenu jeudi l'organisme public de prévision budgétaire OBR, ajoutant à la difficile équation.

Les marchés ne semblaient pourtant pas s'inquiéter outre mesure de la succession de Boris Johnson, soulagés plutôt de ne pas voir la crise politique se gangrener.

L'annonce de sa démission jeudi n'a pas dévié la Bourse de Londres de sa trajectoire et a même fait monter temporairement la livre sterling - la devise britannique est par ailleurs mal en point depuis le vote du Brexit en juin 2016.

L'impact du départ de M. Johnson sur les perspectives économiques du Royaume-Uni seront modestes, estime Kieran Tompkins, de Capital Economics, notamment car l'épineuse question d'un Brexit dur ou pas n'est plus à l'ordre du jour, même si le protocole Nord-Irlandais empoisonne toujours les relations entre Londres et Bruxelles.

Si "la relance de la croissance économique doit être l'objectif numéro un" du prochain Premier ministre, selon le directeur du principal syndicat patronal britannique (CBI), Tony Danker, les entreprises britanniques demandent avant tout de la stabilité: "Nous avons maintenant besoin que le vide politique soit comblé rapidement."