Cuba va vendre des dollars à sa population pour tenter de court-circuiter le marché noir des devises

Le pays tente de freiner le marché noir et affirme vouloir créer un marché des changes.

A. Msc., avec agences
Cuba va vendre des dollars à sa population pour tenter de court-circuiter le marché noir des devises
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C’est à y perdre son latin: à Cuba, le marché noir des devises a pris le dessus sur les bureaux officiels. Pour les touristes par exemple, échanger ses euros ou ses dollars dans la rue était plus avantageux il y a encore quelques jours. De quoi court-circuiter tout le réseau officiel. A tel point que les autorités ont dû agir.

L’Etat va donc commencer à vendre des dollars à sa population à partir de mardi, a-t-il annoncé 20 jours après que les banques et les bureaux de change ont été autorisés à acheter ces devises... au prix du marché noir. Le but ? Créer un marché des changes dans le pays.

" Nous allons commencer la vente des devises à partir de demain ", a annoncé lundi le ministre de l'Economie Alejandro Gil lors d'une émission de la télévision d'Etat.

Cette mesure vise à "construire un marché des changes" dans le pays "qui permette un échange légal de la monnaie" , ce qui permettra à son tour d'augmenter le pouvoir d'achat associé à la monnaie nationale, a précisé M. Gil.

Reprendre la main

Une part importante de la population cubaine reçoit des dollars - envoyés par des proches vivant à l’étranger ou provenant de services rendus aux touristes visitant l’île - qu’elle échange ensuite le plus souvent sur le marché noir, et qui passent donc complètement à côté de l’économie officielle.

Avec l’intention d’extraire du marché noir la circulation de ces devises, la présidente de la Banque centrale Marta Sabina Wilson avait annoncé le 4 août que les institutions financières pouvaient désormais acheter des dollars au taux de 120 pesos par billet vert - celui des échanges informels -, contre 24 pesos pour le taux officiel.

Mme Wilson a estimé que cette mesure avait produit " un résultat favorable" . Ces derniers vingt jours, les entités financières ont " acheté dix fois plus de devises que ce qu'elles auraient fait si le cours du dollar était resté à 24 pesos ".

Le taux de change " se maintient à 120 pesos cubains pour un dollar " selon Marta Sabina Wilson.

Suppression des “CUC”

Pour rappel, l’île fonctionnait avec deux devises jusqu’en 2021, le CUP (peso cubain) et le CUC (peso convertible, aligné sur le dollar), ce dernier étant majoritairement utilisé par les entreprises et les touristes lors de leurs voyages. Le but de la suppression était de simplifier le système et attirer les investisseurs. Mais le cocktail néfaste des sanctions américaines renforcées sous Trump, de la crise du Covid-19 et de l’inflation a douché les espoirs cubains. L’incendie de gigantesque dépôt pétrolier de Matanzas début août et les pénuries de carburant liées aura enfoncé le clou dans une situation déjà compliquée.