L'Etat allemand finalise le plan de nationalisation de l'énergéticien Uniper

Uniper est frappé de plein fouet par la réduction drastique des livraisons de gaz russe après l'enclenchement de la guerre en Ukraine.

La Libre Eco avec AFP
L'Etat allemand finalise le plan de nationalisation de l'énergéticien Uniper
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Décision imminente pour géant gazier asphyxié par les coupures de gaz russe : l'Etat allemand finalise le plan de nationalisation de l'énergéticien Uniper pour éviter une faillite qui provoquerait un séisme sur le marché de l'énergie.

Le groupe allemand est "en phase finale de discussion avec le gouvernement et Fortum", société finlandaise et actuel actionnaire majoritaire de l'entreprise, a indiqué Uniper mardi dans un communiqué.

Le nouveau plan de sauvetage, après une première enveloppe débloquée d'urgence cet été, prévoit notamment que Berlin "acquiert les actions détenues par Fortum", et injecte "8 milliards d'euros" dans le capital d'Uniper, selon la même source.

En conséquence, "le gouvernement fédéral obtiendra une participation majoritaire significative dans Uniper", ajoute ce dernier, premier importateur et stockeur de gaz d'Allemagne. Fortum, détenu par le gouvernement finlandais, a aussi confirmé, dans un communiqué séparé, "que les négociations sont en phase finale", même si "aucun accord final" n'a encore été scellé.

Les échanges boursiers de l'action Fortum ont été suspendus mardi après-midi à la Bourse de Helsinki, après de premières informations de presse sur le contenu du futur accord. Le gouvernement d'Olaf Scholz devrait officialiser cette semaine cette décision rare dans la politique économique allemande.

Milliards de pertes

Uniper est frappé de plein fouet par la réduction drastique des livraisons de gaz russe après l'enclenchement de la guerre en Ukraine.

Cette entreprise gazière était le principal client du groupe russe Gazprom en Allemagne. Elle doit désormais, pour honorer ses contrats, se procurer du gaz sur le marché au comptant où les prix ont explosé.

Berlin avait débloqué en juillet un plan de sauvetage massif pour aider le groupe, avec des facilités de crédit de 9 milliards d'euros auprès de la banque publique allemande KfW.

L'Etat allemand est aussi déjà entré dans le capital de l'entreprise, à hauteur de 30 %, assortis d'obligations convertibles obligatoires "jusqu'à 7,7 milliards d'euros". Ce plan prévoyait de laisser Fortum en position d'actionnaire majoritaire, faisant néanmoins passer sa participation de 77,96 % à 56 %.

Mais Uniper a rapidement indiqué que cela ne suffirait pas, notamment depuis la fermeture totale du gazoduc Nord Stream au début du mois, dans le contexte du bras de fer énergétique entre Moscou et les européens suite à l'invasion de l'Ukraine.

"Depuis juillet, les pertes financières d'Uniper dues à l'augmentation des coûts d'approvisionnement en gaz ont considérablement augmenté", avait indiqué récemment le groupe, demandant une nouvelle aide.

A la mi-août, les pertes engendrées étaient déjà évaluées à 5 milliards d'euros par l'entreprise.

"L'effet Lehman Brothers"

Berlin s'était donc lancé dans des discussions avec Fortum pour une "solution à long terme" face à la crise. Un point d'achoppement a rapidement émergé entre les parties, Fortum exigeant le paiement, par Berlin, d'un prêt de 8 milliards d'euros que le groupe avait accordé à sa filiale en janvier dernier, au tout début de la crise énergétique.

Pour le moment, ni les entreprises, ni Berlin n'ont communiqué sur cette question épineuse.

La ministre finlandaise des Entreprises publiques, Tytti Tuppurainen, a elle réaffirmé mardi à Bruxelles son exigence d'une "compensation" en cas de nationalisation d'Uniper."Il est important que Fortum récupère les 8 milliards qu'il a versés à Uniper et de façon générale que le contribuable finlandais ne subisse aucun coût injustifié de la résolution de cette crise", a-t-elle déclaré.

Le gouvernement allemand pourrait être contraint de céder, tant les conséquences d'une faillite d'Uniper seraient importantes pour le pays. Berlin n'a, en effet, cessé d'alerter, ces derniers mois, sur "l'effet Lehman Brothers" qu'aurait une faillite d'Uniper sur les marchés de l'énergie, avec un risque de banqueroutes en cascade chez les acteurs du secteur.

L'énergéticien allemand VNG, troisième importateur de gaz du pays, a déjà indiqué début septembre qu'il allait demander une aide à l'Etat pour faire face à ses pertes.

L'économie de l'Allemagne, qui s'approvisionnait à 55 % en Russie pour son gaz avant la guerre en Ukraine, est considérablement fragilisée par la fin des livraison russes. Selon l'IFO, un des instituts de recherche les plus influents en Allemagne, cette crise énergétique pourrait plonger le pays dans une récession de 0,3 % en 2023.