La Chine refuse de communiquer ses chiffres de croissance, un report inattendu

Le Bureau national des statistiques (BNS) devait initialement dévoiler mardi une série d'indicateurs dont le très attendu chiffre de croissance pour la période juillet-septembre. La publication de cet indicateur et d'autres données économiques est "reportée".

La Libre Eco avec AFP
La Chine refuse de communiquer ses chiffres de croissance, un report inattendu
©AP

La Chine a surpris lundi en reportant la publication de sa croissance trimestrielle, prévue mardi, au moment où le Parti communiste est réuni en congrès et où la poursuite de la politique du zéro Covid fait tousser l'activité.

A rebours de bon nombre de pays qui optent pour une cohabitation avec le virus et lèvent les restrictions, la Chine continue à suivre une politique sanitaire inflexible. Ces mesures, qui entraînent fréquemment la fermeture inopinée d'entreprises et d'usines, pénalisent activité et déplacements, et pèsent lourdement sur la consommation des ménages.

Le Bureau national des statistiques (BNS) devait initialement dévoiler mardi une série d'indicateurs dont le très attendu chiffre de croissance pour la période juillet-septembre. La publication de cet indicateur et d'autres données économiques est "reportée", a indiqué le BNS sans fournir d'explication. Ce changement de calendrier à la dernière minute pour des chiffres officiels est inhabituel. Vendredi, la Chine avait déjà reporté, sans donner de raison, la publication de ses chiffres du commerce pour septembre.

Eminemment politique et sujet à caution, le chiffre officiel du PIB de la Chine n'en reste pas moins très scruté compte tenu du poids du pays comme deuxième économie mondiale.

"Incroyablement mauvais"

"En Chine, le taux de croissance est décidé par le gouvernement", commentait il y a quelques jours à l'AFP Mary-Françoise Renard, professeur à l'Université Clermont-Auvergne et spécialiste de l'économie chinoise. "Si on dit qu'il faut avoir 6% de croissance, toutes les institutions liées à l'Etat investissent pour avoir ce taux de croissance".

Au deuxième trimestre, le produit intérieur brut (PIB) de la Chine avait progressé de 0,4% seulement sur un an, sa pire performance depuis 2020, après 4,8% au premier trimestre. "Je m'attends à ce que les chiffres du troisième trimestre soient incroyablement mauvais", estimait la semaine dernière l'analyste Jacob Gunter, de l'Institut Mercator d'études chinoises (Merics) à Berlin.

Un groupe de 12 experts interrogés par l'AFP table en moyenne sur une hausse de 2,5% sur un an du PIB sur la période juillet-septembre, puis de 3% en 2023, ce qui serait son rythme le plus faible en quatre décennies, hors période de Covid. Nombre d'analystes jugent désormais irréaliste l'objectif de croissance fixé cette année par Pékin (environ 5,5%). La semaine dernière, le Fonds monétaire international a de nouveau abaissé sa prévision pour 2022, à 3,2%.

"Couronnement"

"Dans l'ensemble, les performances économiques de la Chine restent remarquables", a pourtant affirmé lundi un responsable de la puissante agence de planification économique, interrogé par la presse. Malgré son impact sur l'activité, le président Xi Jinping a réaffirmé dimanche le bien fondé de sa politique zéro Covid à l'ouverture du 20e congrès du Parti communiste chinois, événement majeur du calendrier politique du pays. "Nous plaçons les gens et leur vie avant tout", a justifié l'homme fort de Pékin, en allusion au laxisme supposé des démocraties occidentales.

Pour Alicia Garcia Herrero, cheffe économiste de Natixis à Hong Kong, ce report surprise ne signifie pas forcément que les chiffres seront "très mauvais", mais plus simplement que "rien, même la publication du PIB, ne peut perturber le couronnement de Xi Jinping", presque assuré de décrocher un troisième mandat à la tête du parti, et donc du pays, dimanche.

La politique zéro Covid est venue s'ajouter aux difficultés pesant déjà sur l'économie chinoise: consommation atone, durcissement réglementaire dans plusieurs secteurs porteurs dont celui de la tech, mais aussi crise sans précédent dans l'immobilier.

Après des années de hausses vertigineuses, les ventes immobilières s'affichent désormais en repli dans de nombreuses villes et nombre de promoteurs luttent pour leur survie. Ce secteur représente avec la construction plus du quart du PIB du pays.