La justice américaine bloque la fusion entre deux géants de l'édition

FILE - A book published by Simon & Schuster is displayed on Saturday, July 30, 2022, in Tigard, Ore. On Monday, Oct. 31, 2022, a federal judge blocked Penguin Random House's proposed purchase of Simon & Schuster. (AP Photo/Jenny Kane, File)
FILE - A book published by Simon & Schuster is displayed on Saturday, July 30, 2022, in Tigard, Ore. On Monday, Oct. 31, 2022, a federal judge blocked Penguin Random House's proposed purchase of Simon & Schuster. (AP Photo/Jenny Kane, File) ©Copyright 2022 The Associated Press. All rights reserved.

Une juge fédérale de Washington a bloqué lundi l'acquisition de la maison d'édition Simon & Schuster par sa rivale Penguin Random House, accédant ainsi à la demande du gouvernement américain, qui y voyait un risque de distorsion de concurrence.

Sollicité par l'AFP, Penguin Random House a immédiatement fait part de son intention d'interjeter appel et de demander une procédure d'urgence.

L'opération, portant sur un montant de 2,18 milliards de dollars, avait été annoncée en novembre 2020 et aurait réuni deux des cinq plus importants éditeurs américains.

C'est un succès marquant pour le gouvernement du président américain Joe Biden, qui se montre beaucoup plus offensif que ses prédécesseurs pour contester fusions et acquisitions au nom du principe de concurrence.

Le ministère américain de la Justice avait saisi la justice en novembre 2021, évoquant un risque de voir baisser le nombre de livres édités et le nouveau groupe diminuer les avances versées aux auteurs.

Les deux maisons occupent respectivement la première et la quatrième place en parts de marché du "Big Five" de l'édition américaine, un groupe qui comprend également HarperCollins, Hachette Book Group USA et Macmillan Publishers.

Avec 10.000 salariés dans le monde et près de 15.000 livres publiés par an, Penguin Random House, filiale du groupe allemand Bertelsmann, domine l'industrie aux Etats-Unis.

Le groupe a notamment publié le premier tome des mémoires de l'ancien président des Etats-Unis Barack Obama en 2020, intitulé "Une Terre Promise", et celui de sa femme, Michelle Obama, en 2018, qui s'est écoulé à des dizaines de millions d'exemplaires.

Il s'apprête également à sortir les mémoires du prince Harry, début 2023.

- Stephen King "ravi" -

Le gouvernement américain a apporté la preuve que l'acquisition proposée "pourrait avoir pour effet d'affaiblir le jeu de la concurrence de manière significative" sur le marché des droits des livres à succès, a écrit la juge Florence Pan dans le jugement publié lundi.

L'ensemble du raisonnement juridique qui a mené la magistrate à prendre cette décision a été placé sous scellés, parce qu'il contient des informations "confidentielles" ou "hautement confidentielles", a indiqué la juge Pan.

Qualifiant la décision de "revers pour les lecteurs et les auteurs", Penguin Random House a dénoncé l'argumentation du gouvernement américain, qui se concentrait, selon le groupe, davantage sur les conséquences possibles pour les auteurs plus que pour les consommateurs.

"C'est contraire à sa mission de protection de la juste concurrence", a fait valoir l'éditeur.

Simon & Schuster, filiale du groupe Paramount Global qui publie environ 2.000 livres par an, compte à son catalogue des auteurs de best-sellers internationaux comme le romancier Stephen King, ou le journaliste Bob Woodward.

Stephen King s'est dit "ravi" de la décision, dans un message posté sur compte Twitter. "La fusion proposée n'a jamais eu pour objet les lecteurs et les écrivains; il s'agissait de préserver (et de faire croître) les parts de marché de PRH."

"La décision rendue aujourd'hui protège la concurrence dans l'édition et est une victoire pour les auteurs, les lecteurs et le libre-échange des idées", a commenté Jonathan Kanter, du ministère de la Justice, cité dans un communiqué.

Paramount, maison mère de Simon & Schuster, s'est dit "déçu" par le jugement, dans une réaction transmise à l'AFP.

Avant la procédure du gouvernement américain, l'autorité britannique de la concurrence s'était également intéressée de près au rachat, les deux groupes ayant des divisions au Royaume-Uni. Elle avait rendu un avis favorable en mai 2021.

Depuis l'entrée en fonction de Joe Biden, en janvier 2021, son gouvernement a fait feu de tous bois pour tenter de remettre en cause de nombreux rapprochements d'entreprises.

Avant la décision de lundi, son bilan était mitigé. Il a obtenu que les courtiers en assurance Aon et Willis renoncent à leur union, ou que Maersk Container Industry et China Internationa Marine Containers ne fusionnent dans le secteur des containers réfrigérés.

Il a, en revanche, été débouté dans trois autres dossiers, notamment le rachat d'EverWatch Corp par Booz Allen Hamilton dans l'industrie de la défense.

En juillet, l'Agence américaine de protection des consommateurs FTC a également saisi la justice pour empêcher l'acquisition par Meta (Facebook) du spécialiste de réalité virtuelle Within Unlimited.

La procédure est toujours en cours.

tu/mlb

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