Salaires : accord pour une prime de 500 à 750 euros pour les employés des entreprises bénéficiaires

Le gouvernement fédéral espère ainsi réconcilier les partenaires sociaux.

BRUSSELS, BELGIUM - OCTOBER 11 : Budget press conference, Alexander De Croo and Pierre-Yves Dermagne pictured talking on OCTOBER 11, 2022 in Brussels, Belgium, 11/10/2022 ( Photo by Philip Reynaers / Photonews
Après l'échec des négociations entre partenaires sociaux, le gouvernement fédéral avait repris la main dans le dossier. ©PRE

Le kern (conseil des ministres restreint) est parvenu à une proposition de conciliation dans l’épineux dossier des négociations salariales, qui divisent syndicats et patrons. C’est le cabinet du Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) qui en a fait l’annonce ce lundi.

Si l’enveloppe bien-être sera bel et bien utilisée à 100 %, une partie de ce budget sera allouée à l’augmentation du salaire minimum, alors qu’elle est habituellement utilisée uniquement pour les allocations sociales.

Les allocations de chômage les plus basses augmenteront de 1,3 %, c’est moins que le maximum de 3,5 %. Grâce aux économies réalisées à ce niveau, le salaire minimum sera donc augmenté dans le but d’éviter autant que possible le piège du chômage. “Une première”, selon le cabinet du Premier.

Quant à la norme salariale, elle restera comme prévu de 0 % durant les deux prochaines années, hors indexation, qui sera elle pleinement appliquée. Dans les entreprises en bonne santé, une prime de maximum 500 euros pourra être attribuée aux travailleurs, à condition qu’un accord sectoriel soit conclu à ce sujet. Une clause dispensatoire est prévue pour les entreprises qui ne pourront se le permettre. Enfin, les entreprises qui ont enregistré des bénéfices particulièrement élevés pourront attribuer une prime jusqu’à 750 euros.

Après l’échec des partenaires sociaux, le dossier était retombé sur la table du gouvernement. Les tensions qui opposaient banc patronal et banc syndical ont par la suite mis en évidence les discordances entre l’aile droite et l’aile gauche du gouvernement De Croo.

La N-VA dénonce un accord sur les salaires "décevant et nuisible"

Une hausse également pour les pensions

Le ministre de l’Économie Pierre-Yves Dermagne (PS), se félicitait de l’accord survenu sur la hausse des plus basses allocations de chômage “contre laquelle les libéraux se sont opposés bec et ongles”. “Il ne s’agit absolument pas de récompenser l’inactivité. La réalité, c’est que les plus basses allocations de chômage se trouvent bien en-dessous du seuil de pauvreté”, a-t-il répété.

"Le maintien de l'indexation est la mesure la plus importante pour protéger le pouvoir d'achat des citoyens, comme le démontre des recherches internationales. En plus de cela, il y aura une prime pour les travailleurs des entreprises qui obtiennent de bons résultats malgré les crises successives. Il est important que les travailleurs puissent partager la valeur ajoutée qu'ils réalisent dans leurs entreprises", a-t-il ajouté.

"L'accord met un terme à l'incertitude et aux inquiétudes des citoyens. Nous allons bien, comme nous l'avons toujours promis d'ailleurs, augmenter toutes les pensions et les allocations minimales", s'est pour sa part félicité la ministre des Pensions et de l'Intégration sociale, Karine Lalieux (PS). "L'accord permettra de renforcer le pouvoir d'achat des pensionnés, des allocataires sociaux, des personnes en situation de handicap et d'invalidité. Faute d'accord entre les partenaires sociaux, le gouvernement a pris ses responsabilités. Une absence d'accord sur cette enveloppe de près d'un milliard d'euros n'était pas une option pour les socialistes", a-t-elle encore souligné.

Concrètement, les pensions ainsi que les allocations sociales connaîtront plusieurs hausses en 2023 et 2024 à la suite de cet accord. Les pensions minimales augmenteront ainsi de 2 % au 1er juillet 2023. Ce sera également le cas des pensions qui ont pris cours en 2018 tandis que celles entrées en vigueur avant 2008 progresseront de 1,2 % à la même date. On notera encore une hausse de 2 % du montant du plafond salarial le 1er janvier 2024 et de 3,8 % du pécule de vacances des pensionnés le 1er mai 2023 (et + 2,55% le 1er mai 2024). Enfin, le revenu d'intégration et l'allocation de remplacement de revenus ainsi que la Grapa (Garantie de revenu aux personnes âgées) augmenteront de 2 % à partir du 1er juillet 2023.

Revoir la loi de 1996

"Il était important de décider rapidement, pour préserver la paix sociale et prendre le relais du groupe du 10. La poursuite de la revalorisation du salaire minimum et surtout celle des allocations ainsi que les pensions les plus basses pour un montant d'un milliard d'euros sont des excellentes nouvelles", a de son côté estimé le vice-Premier Ecolo Georges Gilkinet.

Quant à la norme salariale, "nous ne pourrons plus à l'avenir faire l'impasse sur la révision de la loi de 1996 (instaurant notamment le mécanisme de norme salariale, ndlr) qui est un véritable carcan salarial et qui est pointé par des institutions internationales", a poursuivi l'écologiste selon qui cette norme devra, à l'avenir, "prendre en compte les questions de coût énergétique et des matières premières, toujours plus importantes dans l'efficacité de l'économie de demain".

Enfin, le vice-Premier ministre MR David Clarinval a lui aussi fait part de sa satisfaction. "Les libéraux se sont battus pour récompenser les travailleurs et nous y sommes parvenus avec environ 2/3 de l'enveloppe allouée au chômage qui sera attribuée à l'augmentation du salaire minimum. Cet argent ira aux travailleurs et permettra d'éviter les pièges à l'emploi", a conclu le libéral.