Pierre Wunsch (BNB) : "Je ne suis absolument pas dans le déni climatique, au contraire"
Plusieurs associations (”Grands-Parents pour le Climat”, Greenpeace, Rise for Climate, …) reprochent à la Banque nationale, et particulièrement son Gouverneur, d’être climato-sceptiques”.
/s3.amazonaws.com/arc-authors/ipmgroup/16e12df7-ddb4-42fc-bfe1-285390232bf8.png)
- Publié le 19-06-2023 à 19h00
- Mis à jour le 19-06-2023 à 22h22
”Je suis un ancien banquier. J’ai 74 ans. Et quand il y a 4 ans, le déclic pour devenir militant écologiste s’est fait avec les marches pour le climat, j’ai bien dû admettre que le 'rapport meadows' du Club de Rome (qui estimait que la croissance illimitée de la population et de la production matérielle n’est pas viable à long terme, NdlR) n’avait pas eu de réelles suites sur la manière d’organiser la transition écologique”, explique Francis Panichelli, vice-président de l’association “Grands-Parents pour le Climat” pour la Belgique. Cette association, avec d’autres (Greenpeace, Rise for Climate, Ekö, Reclaim Finance et Positive Money Europe), fera symboliquement le pied de grue dès 9h00 ce mardi devant le siège de la Banque nationale de Belgique (BNB) afin de dénoncer, disent-ils, le climato-scepticisme de l’institution. Francis Panichelli s’est engagé en 2019. Comme une évidence.
“La planète est soumise à rude épreuve. La Belgique a connu ses premiers morts en raison des inondations, officiellement dues au réchauffement climatique. Il est urgent que nos petits-enfants puissent avoir de meilleures perspectives, ce qui passe par beaucoup de pédagogie. Leur apprendre la sobriété. Ne pas courir après le dernier modèle de smartphone… Cela peut sembler caricatural mais la Terre brûle, c’est une réalité”.
Manifestation dans 5 pays
Dans quatre autres pays, en ligne en Italie et en Allemagne, en présentiel aux sièges des banques centrales française et portugaise, “elles aussi réputées climato-sceptiques”, dit-il -, ces associations d’activistes écologistes demanderont surtout que la Banque centrale européenne (BCE) puisse introduire dans sa politique monétaire une disposition fixant un taux zéro pour les crédits aux particuliers destinés à financer la rénovation et l’isolation thermique des habitations, considérant que le chauffage résidentiel compte en effet pour 15 % dans les émissions de gaz à effet de serre.
“Certaines banques centrales nationales, dont la BNB, ont des positions très restrictives à cet égard, freinent ou même bloquent une disposition dont l’impact sur les plans tant social que climatique serait pourtant particulièrement bénéfique. Le Gouverneur Pierre Wunsch, tout particulièrement, tient des discours, en interview (au Standaard en juin 2022, NdlR) ou en audition au Parlement (en 2021), outrageusement opposés au concept de transition écologique et à son financement. Notamment en estimant qu’il faudra 30 ans pour assurer la transition, et que les données scientifiques doivent inciter à la prudence. Mais il y a urgence…”, explique calmement Francis Panichelli.
Un coût “raisonnable” pour la transition
La parole à la défense, évidemment. Le Gouverneur de la BNB reconnaît que “ce n’est pas très gai d’être la cible d’associations militantes” mais “qu’il en a pris son parti”. Avec le flegme qu’on lui connaît, Pierre Wunsch explique : “ces attaques relèvent du mensonge. Je ne suis absolument pas dans le déni climatique, au contraire. C’est désespérant d’entendre cela. J’étais même considéré comme le spécialiste “climat” de la banque (rires), avant qu’on en engage un récemment (Thomas Stoerk, NdlR), qui travaille en ligne directe avec moi. La discussion la plus récente que nous ayons tenue concerne le recyclage des batteries des voitures électriques. Cela dit, nous avons aussi une équipe de 4 personnes qui travaillent quotidiennement sur la finance verte. La Banque elle-même verdit son portefeuille d’investissements. Notre politique nous a d’ailleurs valu une invitation à prononcer un discours au célèbre Peterson Institute à Washington”, explique-t-il. Certes, le Gouverneur a bel et bien dit qu’il fallait 30 ans (stricto sensu, 27 ans) pour assurer la transition climatique.
Et que cela coûterait environ 3 % du PIB à l’Europe “Soit un repli raisonnable de 0,1 % par an”, dit-il. “J’assume mes propos. On ne peut pas aller plus vite que la musique. Il faut évidemment investir dans la transition écologique, sur 30 ans comme l’Europe s’y est engagée (pour que l’on soit neutre en carbone à cette échéance, NdlR), mais il faut être réaliste et s’assurer que la population dans son ensemble puisse suivre sans être trop impactée. Dans 10 ans, on peut s’assurer que la voiture électrique soit à la portée de tous, mais cela demande des infrastructures, des investissements, du temps. Si elles coûtent 10 000 euros plus cher que des voitures à moteur thermiques comme c’est le cas aujourd’hui, on manquera collectivement les objectifs qu’on s’est assignés. Ce sera problématique”, estime Pierre Wunsch.
L’indépendance de la BNB…
Lequel tient à faire deux autres mises au point face aux critiques émises. “D’abord, il n’est pas dans le rôle d’une banque centrale de faire de la politique. Notre institution s’occupe exclusivement de politique monétaire et son indépendance tient précisément à la volonté de chacun de gouverneurs de ne pas s’écarter de ce rôle. Nous la perdrions, autrement, en prenant des décisions qui influeraient sur les politiques économiques”.
Enfin, Pierre Wunsch se dit très conscient que le défi climatique se joue au niveau mondial. “C’est un point que j’aurais voulu aborder lors de ma conférence au Peterson Institute, dit-il. Je n’ai pas pu par manque de temps. Mais j’ose croire que le fait de démontrer que l’on peut être neutre en carbone d’ici 2050 à un coût raisonnable peut avoir valeur d’exemple pour d’autres régions peut-être moins regardantes que l’Europe actuellement sur le plan environnemental”, poursuit-il. Francis Panichelli, lui, avec quelques dizaines d’autres personnes, sera présent devant la BNB pour “maintenir la pression. Pour que nos petits-enfants – l’aîné des miens a 19 ans – ne commettent pas les mêmes fautes que nous. Là aussi, la BNB a un rôle à jouer”, conclut-il.