Ce n’est pas parce que les trois syndicats du pays (FGTB, CSC et CGSLB et leurs pendants flamands) manifesteront ce jeudi devant le siège de la Banque nationale de Belgique (BNB) pour obtenir un accord inter-professionnel plus juste que les discussions, en coulisses, ne se poursuivent pas. Les allers et retours entre les deux "camps" seraient même plutôt nombreux. Ils se sont "vus" au moins trois fois ces 15 derniers jours. C’est que l’impasse dans laquelle on se trouve actuellement, après le claquage de porte officiel des syndicats à la mi-janvier – ne convient à personne. Tant les syndicats, que le patronat et même le gouvernement – qui serait bien marri de se retrouver avec la patate chaude en cas d’échec – ont besoin d’un accord.

Pour rappel, après les calculs du Conseil central de l’économie, la marge maximale salariale à négocier serait de 0,4 %, qui est insuffisante aux yeux des syndicats. Pour la FGTB, qui a fait tourner ses outils de modélisation, la marge serait en réalité de 0,8 %. Qu’importe finalement le chiffre pour le moment, la réalité est que la crise a complètement polarisé la situation des entreprises, et que la crise économique rend évidemment ces discussions encore plus complexes qu’à l’accoutumée.

La CSC en a marre des salaires extralégaux

Mais ça ferraille en coulisses, disait-on. Il nous revient même que le patronat, soucieux de dégeler la situation lui aussi (mais sans toucher à la norme de 0,4 % "déjà imbuvable pour de nombreux secteurs en ces temps de crise", nous explique une source patronale) a fait quelques propositions. Les employeurs ont proposé des formules d’augmentation du pouvoir d’achat hors norme salariale, telles les chèques consommation renouvelés, une augmentation des chèques repas, une CT 90 ter qui autoriserait des ANR (avantages non récurrents) à l’envers, accordés a posteriori et pas en fonction de résultats à atteindre. Ces derniers bonus, liés aux résultats d’une entreprise, bénéficient aussi d’un traitement fiscal et social particulier. Ils ne financent guère la sécurité sociale, donc.

C’est ce point en particulier qui crispe le plus la CSC, nous dit-on à bonnes sources, qui estime ne pas avoir d’autre mandat que de finaliser l’enveloppe bien-être et de considérer la norme salariale indicative. Une norme indicative, c’est ce que souhaite aussi la FGTB, même si le syndicat serait un peu plus ouvert que la CSC, sur le mode "ce qui est pris est bon à prendre".

Mais actuellement les discussions sont fermées. Dans un communiqué commun, les organisations patronales “ont dû constater que les syndicats n’avaient pas de mandat pour poursuivre les discussions au sein du Groupe des 10”. Bref, tout est suspendu. “Cela fait trois fois que les syndicats viennent discuter pour débloquer la situation et qu’ils arrivent avec rien, rien, rien, zéro proposition”, lance une source patronale. Pour qui le constat d’échec total est le plus probable. “Pour le moment, c’est compliqué, c’est certain, reconnaît une source syndicale, mais l’échéance est au 14 mars, légalement.” Quoi qu’il en soit, sur le fond, les syndicats rejettent le blocage sur les employeurs, qui ne feraient pas de “vraies propositions” sur l’évolution des salaires en 2021 et 2022.

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