Conjoncture

Argentine M. Macri a obtenu l’accélération des versements d’argent frais. Mais l’ajustement sera plus "orthodoxe".

Le président argentin Mauricio Macri a obtenu du Fonds monétaire international (FMI) l’accélération des versements d’argent promis en juin dernier en vue de stabiliser son économie, alors que le pays connaît une importante crise économique et de confiance dans sa monnaie.

Au lieu des 50 milliards de dollars promis, la somme totale du prêt atteindra 57,1 milliards de dollars. Après les 15 milliards déjà versés, Buenos Aires recevra encore 13 milliards (au lieu des 6 initialement prévus) cette année et 22 au lieu de 11 en 2019 - année d’élection présidentielle.

Toutefois, alors que le gouvernement de M. Macri a consacré les 15 premiers milliards de dollars reçus à tenter d’enrayer la chute du peso - en vain, la monnaie nationale a perdu plus de la moitié de sa valeur cette année -, cette politique devra être modifiée.

Marge de manœuvre très étroite

En effet, outre le départ cette semaine du gouverneur de la Banque centrale, Luis Caputo - un interventionniste, désireux de sauvegarder le pouvoir d’achat des Argentins - et son remplacement par Guidos Sandleris, le FMI impose à Buenos Aires de laisser le peso évoluer entre 34 et 44 pour un dollar ; au-delà, 150 millions de dollars pourront être dépensés pour soutenir la monnaie nationale, pas plus. "C’est une marge de manœuvre très étroite, commente pour La Libre Belgique l’économiste Xavier Dupret, de la Fondation Jacquemotte, spécialiste de l’Argentine. Et on peut s’attendre à ce que d’ici fin 2018/début 2019, le dollar soit à 45 ou 46 pesos, alors que le projet de budget est calculé sur 40 pesos pour un dollar. On peut s’attendre à des fuites de capitaux, une hausse de l’inflation et une baisse de l’activité. Cet accord avec le FMI est un retour à un plan d’ajustement structurel à l’ancienne, plus ‘orthodoxe’. Cela va être beaucoup plus dur, même si le FMI mentionne spécifiquement qu’il faut porter attention aux pauvres. Dans la pratique, cela se traduira par plus de soupes populaires."

Selon M. Dupret, ce plan convainc peu d’économistes "quelle que soit leur tendance politique" : "Des deux côtés, on dit le projet de budget pas crédible. On peut s’attendre à ce que le FMI revienne souvent en Argentine. En fait, l’institution financière paie pour garantir le paiement des créanciers du pays, afin d’améliorer sa notation, donc ses capacités à se refinancer peu à peu. Mais c’est très peu d’argent par rapport aux besoins de financement de l’Argentine alors que la tonne de soja - principale production du pays - est à son niveau le plus bas depuis dix ans."

Alors que Mauricio Macri a annoncé son intention de se présenter à un second mandat en 2019, ce budget apparaît "moins économique que destiné à la propagande politique. Un récent sondage le donne perdant face à tous ses rivaux sauf face à Cristina Fernandez, cas de figure où il y a beaucoup d’indécis".