L'Iran a accusé lundi Israël d'être derrière l'attaque contre son usine d'enrichissement d'uranium de Natanz et a promis une "vengeance", au milieu d'efforts diplomatiques pour remettre sur les rails l'accord international de 2015 censé encadrer le programme nucléaire iranien.

C'est dans cette même usine, au sein du complexe nucléaire de Natanz, l'un des centres névralgiques du programme atomique de la République islamique, que Téhéran a mis en service ou commencé à tester samedi de nouvelles cascades de centrifugeuses.

Ces machines offrent à l'Iran la possibilité d'enrichir plus vite et en plus grande quantité de l'uranium, dans des volumes et à un degré de raffinement interdits par l'accord de 2015.

Dimanche, l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA) avait annoncé que l'usine d'enrichissement de Natanz, dans le centre du pays, avait subi dans la matinée un "accident", qualifié d'acte de "terrorisme", ayant entraîné une "coupure de courant" et n'ayant fait "ni mort, ni blessé, ni pollution".

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Il est encore "trop tôt" pour déterminer les dommages matériels causés par l'attaque", a déclaré lundi le porte-parole des Affaires étrangères iranien, Saïd Khatibzadeh, en conférence de presse à Téhéran. "Il faut inspecter chacune des centrifugeuses pour donner un bilan des dégâts."

"Avec cette action, le régime sioniste a bien sûr essayé de se venger du peuple iranien pour la patience et la sagesse dont il a fait preuve (en attendant) la levée des sanctions" américaines, a-t-il affirmé. Il a ainsi accusé indirectement Israël de saborder les discussions en cours à Vienne pour tenter de faire revenir les Etats-Unis dans l'accord international de 2015 et de lever les sanctions rétablies par Washington contre Téhéran.

"Piège"

"Si (l'attaque) visait à limiter la capacité nucléaire de l'Iran, je dirais en revanche que toutes les centrifugeuses qui (ont été endommagées) étaient du type IR-1" (c'est-à-dire de "première génération", NDLR), a encore dit M. Khatibzadeh.

"Faites savoir à tout le monde qu'elles seront assurément remplacées par des machines plus avancées", a-t-il ajouté, promettant que "la réponse de l'Iran sera la vengeance contre le régime sioniste au moment et à l'endroit opportun".

Selon l'agence de presse officielle Irna, des députés ont indiqué que le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, avait "insisté (...) sur la nécessité de ne pas tomber dans le piège tendu par les sionistes"."Mais nous ne permettrons pas (qu'Israël fasse dérailler les discussions de Vienne) et nous nous vengerons des sionistes pour ces actions", aurait-il déclaré de même source lors d'une réunion à huis clos au Parlement consacrée à l'attaque contre Natanz.

Les Etats-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont dénoncé unilatéralement en 2018 l'accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne trois ans auparavant, rétablissant dans la foulée les sanctions américaines qui avaient été levées en vertu de ce pacte.

En riposte, l'Iran s'est affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés limitant ses activités nucléaires qu'il avait pris à Vienne. Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, a signalé son intention de réintégrer l'accord de Vienne.

"Pacifiques"

Téhéran a toujours nié vouloir se doter de la bombe atomique et le président Hassan Rohani a répété samedi que toutes les activités nucléaires de son pays étaient purement "pacifiques".

Début juillet 2020, une usine d'assemblage de centrifugeuses perfectionnées à Natanz avait été gravement endommagée par une mystérieuse explosion. Les autorités ont conclu à un "sabotage" d'origine "terroriste" mais n'ont pas encore fait connaître les résultats de leur enquête. L'agence officielle Irna avait alors mis en garde Israël et les Etats-Unis contre toute action hostile.

Mercredi, M. Netanyahu a prévenu, à propos des discussions de Vienne, qu'"un accord avec l'Iran qui ouvrirait la voie aux armes nucléaires (...) ne serait d'aucune façon contraignant" pour son pays.