La Banque de France a annoncé mercredi avoir réussi son premier test d'utilisation de "monnaie digitale de banque centrale" via la blockchain, cette expérimentation visant à améliorer les règlements interbancaires et à terme à lancer un "euro digital".

La Banque de France vient "de tester le 14 mai avec succès le recours à une blockchain développée par ses équipes pour expérimenter l'utilisation d'une monnaie digitale de banque centrale", se félicite l'institution financière dans un communiqué.

L'opération menée a permis de "régler une émission de titres financiers numériques effectuée par Société Générale Forge", est-il précisé.

La Banque de France poursuivra ces expérimentations, entamées depuis le début de l'année, "en coopération avec d'autres acteurs", sur la base des dossiers d'un appel à candidatures lancé fin mars, cette fois pour tester "l'usage d'un euro digital de banque centrale dans les règlements interbancaires".

L'institution indique avoir reçu un "nombre élevé" de candidatures témoignant "de l'intérêt de l'industrie bancaire et financière pour ces expérimentations et du dynamisme de la Place de Paris en matière d'innovations technologiques dans le secteur financier".

Les résultats de ces expérimentations contribueront "à la réflexion plus globale conduite par l'Eurosystème sur l'intérêt" d'une monnaie numérique de banque centrale.

En décembre dernier, en réponse à des initiatives privées comme celle de Facebook, la Banque de France avait annoncé vouloir créer à terme un "euro digital", c'est-à-dire sous forme électronique. Son mécanisme d'émission et de transfert pourrait reposer sur la technologie blockchain (des chaînes de blocs), sur laquelle s'appuient déjà des monnaies virtuelles comme le bitcoin.

Cette technologie s'apparente à un grand livre de compte numérique et infalsifiable où est enregistré chaque échange entre les possesseurs de "token" (ou "jeton numérique"). Son avantage est notamment de limiter les intermédiaires en permettant un partage sécurisé, et de permettre à l'information de circuler plus rapidement.

In fine, elle permet de gagner du temps et d'économiser des coûts en se passant des traditionnels intermédiaires de confiance mais pourrait aussi permettre d'échanger des avoirs contre de la monnaie légale.

L'émergence d'une monnaie électronique de banque centrale permettrait aussi au niveau européen de "disposer d'un puissant levier d'affirmation de notre souveraineté face aux initiatives privées du type Libra", avait plaidé en décembre François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France.