L'absence d'accord entre Londres et Bruxelles sur leur future relation commerciale risque d'enfoncer un peu plus profondément des économies déjà affectées par l'épidémie de coronavirus, surtout côté britannique.

Droits de douanes et quotas

L'UE et le Royaume-Uni subiraient, faute d'accord, le retour de droits de douanes avec des échanges commerciaux régis par les seules règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Si les tarifs européens de base avec les pays tiers sont relativement bas sur de nombreux produits, ils peuvent ponctuellement être très importants: 37,5% sur les produits laitiers, 11,5% sur les vêtements, 22% sur les fourgons et les camions, 10% sur les automobiles...

L'industrie automobile européenne a estimé qu'un "no deal" entraînerait une chute dramatique des échanges commerciaux de 110 milliards d'euros sur cinq ans (52,8 milliards d'euros pour le Royaume-Uni, 57,7 milliards d'euros pour l'UE).

L'UE et le Royaume-Uni pourraient également mettre en place des obstacles non-tarifaires au commerce, comme des quotas, des normes techniques ou sanitaires, ainsi que des textes législatifs favorisant leurs entreprises, ce qui affecterait encore un peu plus les échanges.

Frontières

Accord ou non, le départ britannique entraînera, dès le 1er janvier 2021, le retour du contrôle des marchandises aux frontières, d'un côté comme de l'autre.

Un "no deal" créerait en outre des coûts et une bureaucratie supplémentaires, dont les deux partenaires s'étaient affranchis depuis des décennies.

Selon une étude des douanes britanniques publiée en octobre 2019, cette paperasse supplémentaire pourrait coûter 15 milliards de livres (16,5 milliards d'euros) chaque année aux entreprises britanniques et européennes.

Le gouvernement britannique estime par ailleurs que dans "le pire scénario", jusqu'à 7.000 camions pourraient se retrouver bloqués dans le Kent (sud-ouest) avec jusqu'à deux jours d'attente pour traverser la Manche au 1er janvier.

Impact économique

Les Européens ne cessent de répéter qu'un "no deal" serait plus dévastateur pour le Royaume-Uni, qui exporte 47% de ses produits vers le continent, que pour l'UE, qui n'écoule que 8% de ses marchandises de l'autre côté de la Manche.

"Un accord, même s'il est mince, est largement préférable à l'absence d'accord", insiste Carolyn Fairbairn, directrice générale de la CBI (Confederation of British Industry), principale organisation patronale au Royaume-Uni.

Selon une étude du centre de recherche "The UK in a Changing Europe", un Brexit sans accord commercial pourrait être trois fois plus coûteux pour l'économie britannique sur le long terme que la pandémie de coronavirus.

Le centre de recherche évalue à 5,7% l'impact d'un no deal sur le produit intérieur brut (PIB) sur une quinzaine d'années par rapport au niveau actuel, contre 2,1% pour le Covid-19.

Pêche

Le Royaume-Uni participait jusqu'à présent aux négociations annuelles de l'UE sur la pêche, au cours desquelles les États membres s'accordent sur les quotas de pêche dans leurs eaux territoriales.

En l'absence d'accord, les pêcheurs du Royaume-Uni seront libres de pêcher --ou surpêcher-- selon la législation britannique dans leurs eaux nationales, particulièrement poissonneuses.

Ces mêmes eaux pourraient être interdites aux bateaux français ou espagnols, jusqu'à ce que de nouveaux arrangements soient trouvés.

Cette perspective inquiète tout particulièrement la France, l'Espagne, le Danemark, la Belgique ou les Pays-Bas, dont les pêcheurs ont l'habitude de se rendre dans les eaux britanniques et qui attendront des compensations financières.

Services financiers

La City de Londres étant un centre financier mondial majeur, des préparatifs ont eu lieu pour éviter tout choc systémique pouvant déboucher sur un krach boursier.

L'UE s'est engagée à offrir aux chambres de compensation londoniennes --qui assurent la sécurité des opérations financières-- l'autorisation de continuer à faire des affaires avec l'UE pendant 18 mois après le Brexit.

Parallèlement, la plupart des géants financiers ayant une base européenne à Londres se sont déjà préparés à l'après-Brexit, en ouvrant des unités sur le continent, à Paris, Francfort ou Dublin.

A l'avenir, la place du Royaume-Uni en tant que centre financier mondial dépendra de ce que l'on appelle l'"équivalence", que la Commission accorde (ou non) si elle estime que les règles britanniques sont conformes aux normes européennes.

Côté européen, le président du superviseur unique des grandes banques en zone euro, Andrea Enria, a prévenu que si les banques du continent étaient plutôt bien préparées au Brexit, un départ du Royaume-Uni sans accord pourrait créer des chocs à l'ampleur non encore évaluables.