Désireux de devenir un champion du libre-échange en négociant des accords partout dans le monde, après celui conclu in extremis avec son ex-partenaire européen fin 2020, Londres devrait commencer à négocier cette année avec les membres du Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), dont font partie l'Australie, le Canada, le Japon, le Mexique et Singapour notamment.

"Ce que nous voulons faire, c'est lier le Royaume-Uni à ces économies en forte croissance", souligne la ministre britannique du Commerce international, Liz Truss, qui doit formellement déposer la demande d'adhésion lundi.

Elle a dit escompter des droits de douane réduits sur des marchandises comme le whisky ou les voitures, qui permettront aux entreprises britanniques d'exporter davantage vers ces pays.

Représentant un marché de quelque 500 millions de consommateurs et 13,5% de l'économie mondiale, le CPTPP est la nouvelle version du pacte de libre-échange transpacifique (TPP) qui avait été abandonné par l'ancien président américain Donald Trump.

Cette initiative du Royaume-Uni intervient un an après sa sortie de l'Union européenne, le 31 janvier 2020, et près d'un demi-siècle de mariage orageux. Au terme d'une période transitoire, les Britanniques ont également tourné le dos au marché unique et à l'union douanière européens, bien déterminés, selon leurs mots, à "reprendre le contrôle" de leurs lois et de leurs frontières.

"Sans conditions"

Hors de l'UE, le pays repart à zéro concernant les accords commerciaux qui le liaient à diverses régions via l'UE. Pour combler ce vide, il a déjà signé des accords commerciaux avec une soixantaine de pays, dont le Japon et Singapour, plateforme financière et commerciale majeure, également membre de l'Asean (Association des Nations d'Asie du Sud-Est).

Surtout, il ambitionne un vaste traité avec les Etats-Unis, sans grand résultat et moins d'espoir de succès rapide depuis l'arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden, plus europhile que Donald Trump.

La candidature britannique "prouve notre ambition de faire des affaires dans les meilleures conditions avec nos amis et partenaires partout dans le monde et d'être un fervent champion du libre-échange mondial", s'est félicité le Premier ministre Boris Johnson.

Son gouvernement a conclu dans la douleur fin décembre avec Bruxelles un accord de libre-échange sans droits de douane ni quotas, après d'âpres négociations pour encadrer leurs relations à la suite de leur rupture historique.

Contrairement à l'UE, rejoindre le CPTPP se fera sans conditions, souligne Liz Truss: "nous n'aurions pas de contrôles de nos frontières, nous ne devrions pas contribuer financièrement". Une adhésion au traité CPTPP bénéficiera à l'emploi au Royaume-Uni, a-t-elle souligné, sans toutefois pouvoir préciser l'impact pour le PIB du pays.

Bon accueil du monde économique

Selon son ministère, les échanges avec les pays du CPTPP ont atteint 111 milliards de livres (environ 125 milliards d'euros) l'an dernier.

Le monde économique a chaudement accueilli cette annonce, le CBI, principale organisation patronale britannique, saluant une initiative ayant le potentiel de créer de nouvelles opportunités pour les entreprises britanniques dans différents secteurs. Le ton est moins enthousiaste du côté de l'opposition travailliste, sa responsable du commerce international, Emily Thornberry, soulignant que le Labour examinerait de près les modalités d'adhésion.

"A l'heure actuelle, Liz Truss ne peut même pas garantir que nous ayons le droit de mettre notre veto à l'adhésion proposée par la Chine si nous rejoignons d'abord le bloc", argumente-t-elle. La Chine avait annoncé en novembre qu'elle étudierait l'option d'adhérer au CPTPP.

Lancé en 2019 pour supprimer les barrières commerciales entre ses membres, le CPTPP a aussi pour objectif de contrer l'influence économique croissante de la Chine.